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Religion et développement

Séance du 9 juin 2016, de 10h à 13h
IMAF / Site Raspail, salle de réunion, 2e étage, 96 bd Raspail 75006 Paris

Patrimonialisation du Religieux

- Eustache Amoussou, doctorant Paris 8
Entre le local et l’universel : les acteurs dans la patrimonialisation à Porto Novo (Bénin)

La notion occidentale de « patrimoine », ainsi que celle de processus de patrimonialisation trouvent difficilement leurs équivalents conceptuels et méthodologiques au niveau du continent africain. Ces deux notions soulèvent de nouvelles problématiques et des enjeux importants pour les pays d’Afrique, qu’ils soient situés au nord ou au sud du Sahara.

Ces notions, issues de conceptions européennes, sont, d’après Ishanlosen ODIAUA.(2012) « de la science et de l’archéologie aux couleurs occidentales car déposées par les pays occidentaux ». Pour Alain Sinou (1996), elles sont des « valeurs exportées en Afrique » et pour Xavier Fauvelle-Aymar (2014), les valeurs du patrimoine trouvent un écho favorable auprès des grandes puissances colonisatrices d’hier. Ainsi, la question de la réception du concept de patrimoine par les acteurs locaux, est-elle centrale dans la plupart des pays extra-occidentaux. Il est nécessaire d’interroger la manière dont cette notion est perçue par les populations ainsi que la manière dont celles-ci se l’approprient et la réinvestissent. Qu’est-ce qui fait patrimoine pour elles et, à l’inverse, quels objets sont rejetés comme ne faisant pas partie de cet ensemble ? Quelle place donner aux instances internationales telles l’UNESCO dans ce processus ? Les choix de l’institution sont-ils reconnus dans les représentations sociales des autochtones ? Y-a-t-il un certain consensus sur ce qui fait patrimoine au sein d’une communauté partageant la même histoire ?

Ce sont ces questions qui seront abordées lors de notre intervention. Celle-ci se fonde sur une enquête ayant eu pour terrain la ville de Porto Novo, au Bénin. Cette ville est en effet exemplaire de par la diversité de nature des patrimoines qui la composent mais aussi de par celle des communautés qui y vivent et qui contribuent chacune à une définition de ce qu’est, pour elles, le patrimoine. Ces communautés sont composés de groupes socio-culturel goun, yoruba mais caractérisées davantage par des appartenances religieuses différentes. Ainsi les lieux de culte historiquement associés à leurs pratiques sont-ils généralement admis comme relevant pour elles de la catégorie patrimoine. Cette enquête a tenté de comprendre s’il existe des points de rencontre entre ces différents ensembles patrimoniaux mobilisés par les acteurs en présence : les chrétiens célestes, les dignitaires et adeptes du culte vodoun réhabilité politiquement à la faveur du renouveau démocratique depuis le 10 janvier 1992, défenseurs des traces laissées par la tradition, attachés aux couvents, temples et divinités fondatrices, créatrices et protectrices de la cité -catégorie patrimoniale non institutionnalisée -, les pratiquants de l’islam très présents à Porto Novo, dont une des mosquées rappelle encore un pan important de l’histoire moderne de la ville. Hogbonou est considéré au Bénin comme le vivier des églises évangéliques qui ont aussi leurs désignations patrimoniales. Le catholicisme et le protestantisme sont un héritage laissé par les pères Blancs de la Société des Missions Africaines de Lyon, à partir du heurt civilisationnel avec le Danxomé vers la fin du XVIII siècle. De la même manière, le patrimoine colonial, essentiellement considéré par les autochtones comme un trou noir dans leur histoire, reçoit rarement l’écho favorable d’être désigné comme tel et circule plutôt comme une ’’vieillerie de blancs’’ selon les uns et une nostalgie de la gloire et de la puissance impériales des XVIII et XIX siècles. Les codes de ces patrimoines non institutionnalisés, font encore moins écho à un tourisme responsable et producteur de valeur ajoutée au détriment d’instrumentalisation de pratiques et d’acteurs. La diversité de nature et de formes traverse ainsi les catégories patrimoniales à Porto Novo : patrimoine lignager de la famille, le patrimoine royal à travers le musée Honmè, l’architecture afro brésilienne, les bâtiments coloniaux, tout comme les danses et musiques sacrées.

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