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Histoire sociale de l’Afrique Orientale, de la Mer Rouge et de l’Océan indien, XIXe-XXe siècles

Séance du 2 décembre 2016, 14h à 17h
IMAF / Site Raspail, salle de réunion, 2e étage, 96 bd Raspail 75006 Paris

- Carine Plancke (Université de Gand)
Performances dansées au « Nouveau Rwanda » : l’héritage culturel comme support d’une idéologie postgénocidaire

Résumé
Depuis sa prise de pouvoir, mettant fin au génocide en 1994, le Front patriotique rwandais a programmé la création d’une nouvelle nation dé-ethnicisée et unifiée. L’accès à la « modernité » par l’éducation et les nouvelles technologies de l’information ainsi que l’ouverture au progrès socio-économique sont présentés comme essentielles pour éradiquer la pauvreté et l’ignorance, perçues comme cause de l’adhésion aux idéologies de division et de haine ethnique. L’identité culturelle de ce « Nouveau Rwanda » reste néanmoins ancrée dans le passé précolonial du pays, idéalisé comme une époque de cohabitation pacifique. La revalorisation et la réinvention actuelle de pratiques ancestrales s’inscrit dans cette idéologie étatique de création d’une nouvelle nation post-génocidaire qui tout en s’ouvrant à la modernité reste fière de sa tradition. Les performances dansées sont particulièrement encouragées et sont devenues un élément indispensable lors de cérémonies officielles. Dans cette présentation j’explorerai comment de jeunes danseurs rwandais parviennent à créer des performances qui donnent corps à la nouvelle nation. Je me baserai sur une étude ethnographique menée auprès de la troupe de danse Inganzo Ngari, qui, actuellement, fait figure de modèle pour les autres troupes du pays et qui est régulièrement invitée par des instances gouvernementales. J’examinerai non seulement la composition et le fonctionnement de cette troupe mais également la manière dont elle a modifié les dynamiques dansées en examinant la réconfiguration du répertoire dansé, les arrangements chorégraphiques, les modalités de création des danses ainsi que l’élaboration de costumes et de scènes théâtrales au sein des performances.

- Thomas Riot (Université de Lausanne, associé à l’IMAF)
Le Guerrier-Mutant : danses, sports et techniques du politique au Rwanda (XIXe-XXIe siècles)

Résumé
À partir du XVIIe siècle, les guerriers des anciens royaumes Rwanda étaient formés à des pratiques belliqueuses (tir à l’arc, parades à la lance, exercices au bouclier), langagières (poésie, récits de victoire, joutes verbales) et corporelles (lutte, danses, courses, saut d’obstacle) qui assuraient une large part de leur construction comme sujets d’itorero (territoire politico-culturel, lieu de formation des ntore, les « élus »). Si l’on observe ces pratiques sur un temps long (du XIXe au XXIe siècle), on remarque que certaines (notamment la danse guerrière et les pratiques langagières) ont traversé de profondes mutations sociales et politiques. Pendant la période coloniale, la danse guerrière a constitué un élément clé de la formation des jeunes élites tutsi (de lignage aristocratique) au sein des missions chrétiennes. A la fin de cette même période, itorero a incorporé les pratiques football et les jeux du scoutisme catholique. Ces activités se sont inscrites dans des processus plus larges de construction des sujets du colonialisme et d’émancipation des catégories ethnicisées de l’ordre colonial (selon un ordre socio-racial ficelé à la formation du clivage entre élite tutsi et contre-élite hutu). Des années 60 aux années 90 – et suite à la chute de la monarchie tutsi et à l’exil de dizaines de milliers de Tutsi – des groupes de « guerriers », danseurs et footballeurs du Rwanda républicain s’engagèrent dans les dynamiques matérielles et idéologique de la violence armée, contribuant au mûrissement du génocide qui visa les Tutsi au cours de l’année 1994. De nos jours, ces mêmes activités sont réinventées à des fins de (re)construction du citoyen gagné aux idéaux de l’Etat post-génocidaire. Cette présentation tâchera d’exposer les procédés empiriques, méthodologiques et ethno-historiques avec lesquels nous explorons les mutations du « guerrier » en connexion aux transformations de l’Etat au Rwanda.

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