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L’État et les institutions face à la sorcellerie dans l’Afrique contemporaine

Violence, justice et droits de l’Homme, ANR EInSA.
Coordinatrice scientifique : Sandra Fancello (IMAf-CNRS).
Voir le carnet de recherche du projet sur Hypothèse.org.

Le projet s’articule autour de trois grands axes thématiques :
- Logiques de l’accusation dans le cadre institutionnel : affaires, rumeurs, procès.
- Quête de guérison et itinéraires de consultations : sorcellerie, délivrance et exorcisme.
- Violence, incertitude et vulnérabilité : stratégies de sécurisation de l’existence.
Les recherches ethnographiques focalisées sur l’Afrique centrale seront dirigées vers six pays : la Centrafrique, le Gabon, le Congo (Kinshasa), le Congo (Brazzaville), l’Ouganda et le Cameroun.
Le programme compte trois partenaires institutionnels : l’Institut des mondes africains (IMAf), l’Institut interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain (IIAC-EHESS) et le Laboratoire d’anthropologie sociale (LAS-Collège de France).

Résumé du projet

Dans certaines régions d’Afrique, les « affaires de sorcellerie » et la chaîne de violences qui conduit du soupçon, ou de la rumeur, à l’accusation publique jusqu’au passage à l’acte (meurtre, lynchage), prennent aujourd’hui une dimension alarmante. Loin d’être une dimension exotique ou anachronique des crises sociétales africaines, ces faits mettent en cause le fonctionnement de l’État et de ses institutions dans le contexte de la modernité. De l’espace villageois à l’espace urbain, de l’espace privé à l’espace public, l’exploitation médiatique et politique de ces flambées de violences accusatrices leur confère un caractère quasi épidémiologique. La fluidité du phénomène est accentuée par le fait qu’on n’a plus à faire à des accusations socialement circonscrites et régulées, exutoires des tensions sociales liées aux clivages connus (hommes/femmes, vieux/jeunes, parents/alliés, riches/pauvres). La dérégulation normative liée en partie au désengagement de l’État installe l’insécurité et l’incertitude au coeur de la vie sociale et atteint les rapports intrafamiliaux, les relations de voisinage et de cohabitation, de générations et de genre, et plus globalement l’économie morale des entreprises et la légitimité des institutions.
Face aux politiques d’exorcisme d’une « justice populaire » souvent exercée par les jeunes des villages ou des quartiers, les institutions et leurs dispositifs judiciaires, policiers et sanitaires font appel aux recours du traitement judiciaire et des thérapies religieuses : de la criminalisation des sorciers à la victimisation des ensorcelés en souffrance. Les ambiguïtés sont toujours les mêmes qu’il s’agisse de la qualification des « faits », de l’identité des accusateurs ou de la réversibilité des places occupées (ensorcelé/sorcier). L’étonnante récurrence des affaires de sorcellerie va néanmoins de pair avec l’émergence de nouveaux acteurs et de nouvelles formes de sorcellerie. Les « tradi-praticiens » représentent un nouveau type de médiateurs proches des élites lettrées et des cercles du pouvoir, et ne sont pas très éloignés des nouveaux pasteurs guérisseurs qui se proposent de « purifier l’espace public ». Les alternatives entre justice coutumière et justice pénale, entre conjuration familiale et politique du pardon, entre sanction juridique ou guérison divine, se sont quelque peu brouillées. Le fait que les accusations visent les plus vulnérables (femmes, jeunes déscolarisés ou au chômage, malades du sida, « enfants sorciers », migrants) confirme le processus de “déparentalisation” et de “dévillagisation” des affaires de sorcellerie, ce qui explique les passages à l’acte qui font l’évènement médiatique, ignorant les procédures de recours et de médiation sociale.
Dans certains pays se met en place une véritable institutionnalisation de l’action anti-sorcière au sein des instances sécuritaires de l’appareil d’État. Ces affaires de violence sorcellaire appellent une approche comparative régionale tenant compte des systèmes coutumiers de régulation sociale et des procédures judiciaires des cours de justice des divers pays de l’Afrique centrale en fonction des héritages juridictionnels coloniaux ; mais aussi « glocale » qui insère les enjeux de ces affaires dans le jeu politique local et national (juges, leaders politiques, journalistes) ; et enfin une approche pluridisciplinaire des processus d’hybridation cognitive des catégories médicales, juridiques ou
religieuses.
Les chercheurs confrontés à ces affaires ont une responsabilité d’acteurs et sont interpelés comme les juges et les médecins par ces processus de pénalisation et de médicalisation, sinon de politisation de la sorcellerie. L’enjeu n’est pas tant celui de l’irrationalité d’un systèmes de croyances ni seulement celui d’une modernité insécurisée sur le plan spirituel, mais celui de la caution morale apportée à des « procès de sorcellerie » qui passent par la diabolisation de l’autre et la négation des droits de la personne humaine.

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