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Anthropologie de l’islam en Afrique

Séance du 9 mars 2017, 14h à 17h
IMAF / Site Raspail, salle de réunion, 2e étage, 96 bd Raspail 75006 Paris

- Issam Toualbi, maître de conférences, Université d’Alger, directeur de la Chaire Emir Abdelkader
Genèse du droit musulman : l’islam entre message spirituel et réalité temporelle

Discutante : Rabia Bekkar

Résumé :
La tradition islamique rapporte que c’est dans la grotte de Hira , au Mont al-Nûr qui se situe à environ quatre kilomètres de la Mecque, que la première révélation coranique se fit voir au Prophète de l’islam le 10 août 610. Fondée sur l’égalité, la fraternité et l’espérance, la nouvelle religion à laquelle appelait Mohammed trouva rapidement écho auprès de ses proches et des esclaves de la ville et un petit groupe d’apôtres se forma autour du Prophète. A ce stade préliminaire de l’islam, la religion ne traitait pas des questions juridiques, si ce n’est d’insister sur le rôle de la vertu et de l’abstention ; le sujet principal était alors celui de la foi (al-imân) et de l’endurance (al-mudjâhada), qui représentent le coeur du cheminement spirituel (al-sulûk) devant mener à la certitude (al-yaqîn) et à la paix intérieure (al-sakîna). Mais face à la répression exercée par les notables de la Mecque, la première communauté dût par prendre la route de l’exil.
Il faut savoir qu’à l’arrivée du Prophète à Yethreb (Médine) avec le premier groupe d’exilés en 623, la cité arabe disposait d’un droit coutumier qui lui permettait de maintenir un certain ordre social. Désormais proclamé chef de la ville par les médinois convertis à l’islam, le Prophète Mohammed allait devoir doter sa communauté d’un droit à même de réglementer leur vie quotidienne, transportant par là même le message islamique de sa vocation spirituelle initiale à une fonction à proprement parler temporelle.
En comparant alors certaines dispositions du droit musulman avec celles du droit coutumier antéislamique, il apparaît clairement que la Charia a, occasionnellement, eu recours à une forme de syncrétisme juridique pour laisser en vigueur certains usages arabes jugés alors nécessaires. Ceci démontre bien que le Prophète Mohammed n’avait pas pour objectif d’imposer à sa communauté un ensemble de règles canoniques abstraites et rigides, mais cherchait plutôt à lui léguer un droit qui soit en harmonie avec le temps et le lieu de son apparition.
Puis par une injonction coranique constante à faire usage de la raison (alidjtihad), laisser aux juristes musulmans des siècles à venir, le soin de relire ces règles et de les adapter, si nécessaire, aux futurs besoins de la société musulmane.

Référence :
« Le droit islamique face aux enjeux du temps historique : réflexion sur l’aptitude de la Charia à s’adapter à l’évolution du temps historique », Revue Jurisdoctoria, Université Paris I-Sorbonne, décembre, 2009.

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