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Anthropologie comparative du Sahel occidental musulman

Séance du 17 mai 2017, 15h à 17h
IMAF / Site Raspail, salle de réunion, 2e étage, 96 bd Raspail 75006 Paris

- Kelly Poulet, doctorante
Hypothèse migratoire et rapport de « castes » à Dakar.
Ce que « partir pour devenir quelqu’un » veut dire du point de vue des ñeeño

Résumé
La jeunesse urbaine sénégalaise est aujourd’hui confrontée à différentes contraintes sociales, que j’ai pu analyser dans ma recherche doctorale, portant sur les aspirations à émigrer – pour devenir quelqu’un et réussir (Tekki). Ces contraintes sont socialement déterminées par la place que les jeunes, en tant que « cadet sociaux », occupent au sein des rapports d’aînesse, de classe, de sexe et de « castes ».

Ce dernier rapport social structurant la société sénégalaise de manière bipartite (et interdépendante) en groupes d’appartenances statutaires – waaso – associés communément aux « castes », établit des catégories de cadets et d’aînés sociaux « naturalisées » reposant sur, notamment, l’idéologie de la « pureté du sang » (Morice, 1982) qui permet la hiérarchisation et la perpétuation du système. Les géér d’une part sont considérés comme la couche sociale supérieure et les ñeeño de l’autre, constituent le groupe social inférieur (Diouf, 1981 ; Mbow, 2000).

Dans cette communication, je propose d’analyser la manière dont le rapport de « castisation » (je reviendrai sur ce terme) et l’assignation sociale au groupe statutaire des ñeeño est vécue par ces derniers comme une contrainte pour Tekki, contrainte qu’ils envisagent de dépasser par le biais de l’émigration.

Nous verrons dans un premier temps comment les géér s’appuient sur cette idéologie pour continuer de maintenir les ñeeño dans des positions de dominés, conserver leur statut par le biais d’un ensemble de représentations et de croyances participant à leur distinction, et pour légitimer leur supériorité. Puis, j’expliciterai les disqualifications sociales telles que ressenties et exprimées par les jeunes ñeeño, en m’appuyant sur les contraintes et restrictions vécues en matière de relations matrimoniales. Enfin, le groupe des ñeeño, – tout comme la jeunesse urbaine sénégalaise dans son ensemble – est traversé également par d’autres rapports sociaux – de classe, de sexe. Nous verrons alors comment, lorsque les trois rapports sociaux s’imbriquent, le résultat laisse apparaître sans aucune surprise une figure de cadette spécifique : celle de la femme ñeeño de catégorie sociale pauvre.

Références citées :
Diouf Mamadou,
« Essai sur l’histoire du Saalum », revue sénégalaise d’Histoire, 1981, 2, 1, pp. 25-26.

Mbow Penda,
« Démocratie droits humains et castes au Sénégal », Journal des africanistes, 2000 tome70 fascicule 1-2, p. 85.

Morice Alain,
Les forgerons de Kaolack, travail non salarié et déploiement d’une caste au Sénégal, Paris université ParisV thèse pour le doctorat de troisième cycle, 1982.

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