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In memoriam Henri Moniot

Henri Moniot est décédé à Dijon, le 3 avril 2017, avec sa discrétion habituelle. Agrégé d’histoire, il avait choisi de rejoindre l’Université Paris 7 dès son origine (à partir de l’ex-Sorbonne). Il a joué un très grand rôle dans notre université Paris-Diderot, de son arrivée en 1970 à son départ en retraite, à la veille de l’année 2000, aussi bien en histoire africaine qu’en didactique des disciplines à laquelle il a consacré une partie efficace de sa carrière. Nous étions exactement contemporains et une fidèle amitié nous liait depuis ce moment.

Après être passé rapidement à la sixième section de l’EPHE créée par Fernand Braudel, il a été recruté comme maître-assistant à la Sorbonne. Dès le début de sa carrière, il s’est attaché à créer des liens solides entre l’anthropologie, qui était alors la discipline reine du savoir africain, et l’histoire dont il était un fidèle. Il me confiait encore, la dernière fois que je l’ai vu, qu’une revue à laquelle il ne cesserait jamais d’être abonné était les Annales. Il est à noter que, de tous les « africanistes » français, il fut avec R. Mauny, alors professeur d’histoire africaine médiévale à la Sorbonne, et bien sûr Georges Balandier, le seul à participer par des articles et des comptes rendus à la revue Présence africaine, fondée en 1947 par Alioune Diop, à laquelle il faut bien dire que, à part cette heureuse exception, les universitaires français sont restés indifférents.

Sa curiosité envers ce qui se faisait en Afrique ne s’est jamais démentie, et il l’a prouvé entre autres par le nombre important de comptes rendus qu’il a consacrés à ce domaine tout au long de sa carrière. C’est lui qui, contacté dans les années 1970 par les Presses universitaires de France, m’a proposé de m’associer à lui pour écrire à deux voix L’Afrique de 1800 à nos jours, paru pour la première fois en 1974 (collection Nouvelle Clio). Nous nous sommes lancés tous les deux, encore trentenaires, dans cette aventure (qui devait durer jusqu’en 2005) avec une audace inconsciente dont je m’étonne encore aujourd’hui, compte tenu de notre savoir alors bien limité. Autant dire que cela nous a rendus pour la vie ce que j’appelle « spécialistes d’histoire générale de l’Afrique », gagnés avant l’heure sans le savoir à l’histoire sinon encore connectée, du moins résolument pluridisciplinaire et comparée de l’Afrique subsaharienne.

Henri Moniot, avec qui j’ai fait souvent équipe dans l’enseignement depuis lors, était un enseignant-chercheur merveilleux, curieux de tout, adoré de ses collègues et de ses étudiants, d’humeur égale et toujours attentif aux autres. Il fut, à l’Université Paris-Diderot, le collègue de Pierre Boilley. Issiaka Mande, maître de conférences burkinabé, lui a succédé au laboratoire SEDET. H. Moniot fut le premier à animer un travail d’équipe sur l’enseignement de l’histoire dans les manuels scolaires, et tout particulièrement de l’histoire africaine et de ce que l’on appelait encore, à l’époque, du tiers-monde. Je me souviens de ces séances passionnées dès les années 1980. Il a dirigé cinq thèses en didactique des disciplines, sciences de l’éducation et histoire, et publié plusieurs ouvrages, souvent en collaboration car il avait le sens du travail d’équipe.

Les laboratoires CESSMA (anciennement SEDET) et URMIS (sociologie) de l’Université Paris-Diderot lui rendront hommage à la rentrée 2017, assurément en association avec l’IMAF de l’EHESS (avec qui il avait gardé des liens forts) et de l’Université Paris-1.

Professeure Catherine Coquery-Vidrovitch