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Les arts en Afrique et dans ses diasporas : pratiques, savoirs, mobilités

Séminaire organisé par Claire Bosc-Tiessé, chargée de recherche au CNRS (IMAF), Carlo Celius, chargé de recherche au CNRS (IMAF), Anne Doquet, chargée de recherche à l’IRD (IMAF), Christine Douxami, maître de conférences à l’Université de Besançon (IMAF), Éric Jolly, chargé de recherche au CNRS (IMAF), Anne Lafont, directrice d’études de l’EHESS (en cours de nomination) (CRAL-CEHTA ), Dominique Malaquais, chargée de recherche au CNRS (IMAF).

Année universitaire : 2017 / 2018
Périodicité : Vendredi de 11h à 13h
Localisation : 96 et 105 bd Raspail ,75006 Paris
Calendrier : Du 10 novembre 2017 au 8 juin 2018

Présentation :
Dans la continuation du séminaire Supports et circulations des savoirs et des arts en Afrique et au-delà, ce séminaire propose de réfléchir aux rôles moteurs des formes, des pratiques et des savoirs artistiques dans l’élaboration et dans la circulation de structures, mouvements, idéologies et imaginaires politiques sur le continent africain et dans ses diasporas, sur la longue durée. Aussi, nos travaux porteront sur les arts visuels et performatifs au sens large du terme (danse, théâtre, arts plastiques, photographie, cinéma, musique, littérature, arts numériques…) et s’inscriront dans une démarche à la fois historienne, critique et transdisciplinaire. Anthropologie, archéologie, histoire, histoire de l’art, sciences politiques, cultures visuelle et matérielle, études coloniales, postcoloniales, décoloniales et diasporiques de l’Afrique… se côtoieront et se questionneront mutuellement. Les séances s’articuleront autour de présentations de chercheurs (théoriques, méthodologiques ou fondamentales) et/ou de praticiens, que ce soient des artistes, des acteurs culturels ou des activistes. Divers et reflétant une large palette de points de vue, les travaux et les approches présentés auront en commun de prendre acte du fait que travailler (sur) les intersections entre art(s) et politique(s) suppose un engagement au fondement duquel la réflexion et la théorisation sont de mise.

CONTACT :
annedoquet(at)yahoo.fr

PROGRAMME

2017

- 10 novembre 2017 : salle 3 (105 bd Raspail)
Anne Lafont (EHESS, CEHTA), « La figure de l’Africain dans l’art du long XVIIIe siècle, ou la réflexivité à l’œuvre »

- 24 novembre : salle 3 (105 bd Raspail) - SEANCE ANNULÉE

- 8 décembre : salle 7 (105 bd Raspail)
François Pouillon (EHESS), à partir de son livre Exotisme et intelligibilité : itinéraires d’Orient (Presses Universitaires de Bordeaux, 2017).
L’ouvrage rassemble des pièces éparses de travaux conduits sur un quart de siècle à propos des représentations de l’Orient arabe et des échos ou remplois qu’elles connurent dans les régions dont elles rendaient compte. Il s’attache à suivre dans toute leur variété les parcours biographiques de ceux qui les produisirent, auteurs connus ou au contraire insuffisamment identifiés, de façon à illustrer la multiplicité des modes de représentations et des itinéraires de ceux qui en furent les vecteurs. Partant du principe que l’on peut représenter la même chose (mais avec des contraintes différentes) par les différents procédés de l’image — dessin, peinture, affiche, photographie —, par la description littéraire ou scientifique (spécialement, pour notre cas, l’ethnographie), il réfléchit sur les conditions d’élaboration des figurations du social dans l’histoire, et leur legs aux sociétés d’aujourd’hui. C’est en effet un héritage difficile dont doivent traiter les États nouvellement indépendants, travaillés qu’ils sont par des recherches identitaires autant que par leurs confrontations à l’Occident, que d’avoir à traiter d’un stock documentaire, savant ou fantasmatique, produit dans le cadre de la curiosité coloniale, mais qui reste souvent le seul témoignage sur leur passé ou leur diversité interne. Bien que ces interventions soient rangées en phases, en thèmes et perspectives (y compris quelques aveux biographiques), l’auteur assume ici la "stratégie du lièvre", soit une démarche cherchant à sillonner l’espace, la durée et les points de vue, sur un Orient qui doit en ressortir avec d’autant plus de relief.

- 22 décembre : salle 6 (105 bd Raspail)
Anne Doquet (IRD, IMAF), "Logiques touristiques et patrimoniales au Mali : du pays dogon au Mande".
Cette présentation suivra le fil des recherches d’Anne Doquet sur le tourisme et le patrimoine, menées d’une des zones les plus touristiques du Mali, le pays dogon, à une région où le tourisme n’a été promu que très récemment, le Mande. A partir d’un travail sur les masques, elle montrera dans un premier temps comment l’art lui a servi de témoin des effets de l’ethnologisation, de la patrimonialisation et de la touristification du pays dogon. Elle présentera dans un second temps les récentes mises en tourisme et en patrimoine du Mande et leurs éclairages sur les repositionnements politiques mandingues dans le contexte actuel de la reconstruction du pays pour finir par une réflexion sur la place octroyée à l’art et à la culture dans le processus de paix et de reconstruction au Mali.

2018

- 12 janvier 2018 : salle 10 (105 bd Raspail)
Sarah Fila Bakabadio (Maître de Conférences à l’Université de Cergy Pontoise)
"Brazzaville 1971 : le Black Panther Party et la fluidité des révolutions".
En 1971, Eldridge Cleaver, Ministre de l’information du parti des Panthères noires (Black Panther Party for Self-Defense, BPP) et fondateur de son antenne internationale mène une délégation dans la capitale de la République Populaire du Congo, Brazzaville. Après deux ans passés à Alger, Cleaver espère relocaliser la section internationale du BPP en Afrique sub-saharienne et ancrer le Black Power Movement dans une révolution africaine. Le propos de cette communication est de retracer le voyage de cette délégation tel qu’il a été relaté par les rares sources disponibles sur le sujet : un film documentaire de Bill Stephens intitulé Congo Oye et plusieurs essais rédigés par Eldridge Cleaver dont Revolution in the Congo. Il est de discuter des représentations d’une révolution noire puis globale portée par ces nationalistes américains qui, à Brazzaville, viennent défendre l’idée d’une fluidité des révolutions et d’un cosmopolitisme insurgé fondateur d’une lutte transnationale.

- 26 janvier : salle des artistes (96 bd Raspail)
Dominique Malaquais (CNRS-IMAF)

- 9 février : salle 4 (105 bd Raspail)
Christine Douxami (UFC-IMAF)
"Comment lier folklore, patrimoine immatériel et art contemporain à l’heure du panafricanisme ? "
A partir d’une approche de terrain, je chercherai à exposer les enjeux des appropriations, réappropriations, circulations du folklore dit “afro” au sein des diasporas afro-américaines. J’aborderai le domaine du patrimoine immatériel sous cet angle politique et artistique dans la longue durée des revendications artistique de la négritude puis du panafricanisme sur le continent sud Américain et plus spécifiquement au Brésil.

- 23 février : salle des artistes (96 bd Raspail)
Carlo Célius (CNRS-IMAF)
« Art et culture visuelle en situations coloniale et postcoloniale. De Saint-Domingue à Haïti (XVIIIe – XXIe s.) ».
Au moins trois domaines de création plastique coexistent dans la société haïtienne. Ce fait, non relevé par le discours institué, ouvre les perspectives de recherche en ce qu’il invite à adopter une démarche pluraliste. Il y a lieu, en effet, d’étudier les formes d’organisation et les dynamiques propres à ces différents domaines ainsi que la nature et l’évolution de leurs relations dans le temps. Une telle approche suppose le dépassement d’une acception restrictive de « l’art » comme celle encore dominante, générée par le système des beaux-arts. Une alternative est offerte par les théories, l’histoire, l’anthropologie de l’image et de la culture visuelle. En donnant à envisager les domaines de création plastique comme autant de foyers de production d’images dans une société donnée, elles rendent concevable l’élaboration d’un cadre d’analyse adapté à notre option pluraliste, applicable à l’étude des productions visuelles coloniales (Saint-Domingue) et postcoloniales (Haïti).

- 9 mars : salle 9 (105 bd Raspail)
Steven Nelson , UCLA
« The Artist as Geographer : On Mark Bradford, Moshekwa Langa, and Julie Mehretu ».
Inspired by my 2006 essay, “Mark Bradford’s Allegorical Impulse,” this lecture investigates how each artist, as a geographer who also pays close attention to the histories of 20th-century art, plays with a mix of mediums to create monumental, fantasmic, and chaotic spaces that problematize the authority of official maps while they remap new kinds of spaces that interrogate the relationships of groups of things, peoples, and ideologies in new and, at times, uncomfortable ways. In his attention to urban geography, incorporation of the cast-off, Bradford’s work, in underscoring the co-existence of form a land informal systems, explores changing urban dynamics, relationships played out in urban space, and notions of blackness. Langa, who spent his youth under the rule of Grand Apartheid in South Africa, trades in ethnography, the historic relations of whites and blacks, and the systems of homelands in the nation state to create collaged and drawn geographies that point to the constructed nature of official South African maps. Moreover,these have led to very large-scale cities made of thread, bottles, yarn, and plastic cars that play with different systems of visual language while they proffer spaces that are impossible to negotiate. These cities also point to issues of affiliation, of belonging, both racially and sexually. Mehretu’s work, which brings together painting, drawing and architectural renderings, have a politics embedded in the mash up of the different mediums on her picture planes. In the artist’s knotty, chaotic tableaus, the three mediums simultaneously support and undo one another, and this paradoxical play provides striking analogies for the negotiation and construction of complicated subjectivities and the difficult political contexts in which we find ourselves. All of these artists’ works trade on notions of presence or absence, and call up the social and psychological dimensions of race and space.
Texte de référence : Steven Nelson, « Mark Bradford’s Allegorical Impulse » dans Mark Bradford, New York, Sikkema, Jenkins & Co, 2006, p.9-13.

- 23 mars : salle des artistes (96 bd Raspail)
Magali de Ruyter, chercheure associée au CREM-LESC (UMR 7186)
"Du bal occidental au bal pygmée. Enjeux relationnels et identitaires de la réappropriation d’une forme musicale et dansée (Gabon)."
Dans un village forestier des monts du Chaillu au centre sud du Gabon, des Pygmées Babongo dansent depuis le crépuscule jusqu’à l’aube afin de célébrer le retrait de deuil pour un enfant décédé en bas-âge. Cette danse en couples mixtes, au sein d’un espace circulaire évoquant le kiosque à musique, rappelle assurément le « bal » occidental, tout comme son nom, ebolu, qui en est un dérivé. L’origine occidentale d’ebolu cependant est réfutée par les danseurs, au profit d’une danse « pygmée ».
Dans cette présentation, je commencerai par recontextualiser le bal et sa diffusion au Gabon dans une perspective historique. Ensuite, je m’attacherai à rendre compte au plan formel de ce qui fait du bal occidental une danse locale : quels sont les éléments étrangers conservés et comment s’articulent-ils avec les éléments locaux pour en faire une entité propre ? Enfin, je chercherai à montrer les enjeux relationnels et identitaires de cette forme originale qu’est le bal pygmée, relativement à deux figures de l’altérité, alternativement considérées comme proches ou lointaines, les « Noirs », voisins des Pygmées Babongo, et les « Blancs » occidentaux.

- 13 avril : salle 7 (105 bd Raspail) SÉANCE ANNULÉE
Claire Bosc-Tiessé (CNRS-en détachement INHA)
"Dossiers pour une histoire des arts d’Afrique entre le XIIIe et le XIXe siècle"

- 25 mai : salle 2 (105 bd Raspail)
Curatrice Marie-Ann Yemsi, (n’intervient plus)
Claire Bosc-Tiessé, titre à préciser

- 8 juin : salle 6 (105 bd Raspail)
Eric Jolly (CNRS-IMAF)
"De l’école Griaule aux réseaux artistiques africains et afro-américains : la circulation et la réinterprétation d’emblèmes culturels dogon".
Les traits les plus connus de la culture dogon se réduisent aujourd’hui à quelques symboles remarquables qui circulent en boucle à l’échelle mondiale après avoir été construits, valorisés et popularisés par les ethnologues de l’école Griaule dans le deuxième tiers du XXème siècle. Depuis les années 1960, de multiples réseaux ou communautés ont en effet récupérés et réinterprétés ces emblèmes de la tradition dogon pour les transformer en références identitaires, en patrimoine universel, en motifs artistiques et en idéal à la fois primitif et futuriste. De nombreux écrivains, peintres, sculpteurs ou musiciens afro-américains et africains se sont notamment appropriés ces symboles planétaires dogon qui incarnent à leurs yeux les racines, la vitalité, voire la supériorité d’un savoir et d’une création d’essence africaine, sources de fierté, d’unité et de dynamisme. Centrée sur cinq des emblèmes culturels dogon issus des publications de Griaule, cette communication portera sur leur circulation, leur transformation et leurs multiples connexions au sein des avant-gardes artistiques afro-américaines et africaines.