Accueil > Actualités > Ailleurs

Mariages mixtes et métissage dans l’histoire - XIXe-XXe siècle

Colloque international

Colloque organisé par l’IHTP (CERA) –Université Paris 8 en collaboration avec l’Institut universitaire de France, le Centre d’Histoire de Sciences-Po, le Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines (UVSQ).

Problématique :

La figure du “métis” et la hantise du métissage occupent une place centrale dans l’imaginaire raciste et antisémite. Le foisonnement terminologique autour de ces catégories atteste tout à la fois de leur centralité et du caractère universel des pratiques auxquelles elles renvoient : half-cast, mulâtre, quarteron, chabin… Dénuées de tout fondement biologique, les notions de « métissage » ou de « mariages mixtes » sont des constructions sociales qui n’en ont pas moins joué un rôle important dans la formation et l’assignation des identités et dans l’élaboration de « biopolitiques ». En Europe occidentale comme dans les Empires coloniaux, les « métissages » étaient le plus souvent réprouvés qu’il s’agisse de mariages entre personnes de différentes religions, nationalités ou « races » -suivant la terminologie d’usage. Perçue comme autant de menaces sur un ordre social protégé par des frontières de diverse nature, la pratique du « métissage » suscita différents types de législations entre politiques d’assimilation des rejetons issus des unions mixtes ou relégation dans une altérité radicale. Au sein des États assumant ouvertement une politique raciste et/ou antisémite, les mariages mixtes furent souvent interdits. Ainsi, au cours des années trente et pendant la Seconde Guerre mondiale, la question des “mischlinge”, des « demi-juifs » fut une obsession pour les nazis et un véritable casse-tête pour la plupart des Etats antisémites, dans le contexte des années trente et de la Seconde Guerre mondiale. Même lorsqu’il n’existait pas de statut spécifique pour les conjoints ou les descendants de mariages mixtes, ceux-ci subirent aussi, dans la plupart des cas, des discriminations quoique moins sévères, en général que les celles qui frappaient les conjoints juifs.

Dans les dernières décennies du XXe siècle, la notion de métissage a fait l’objet d’une re-sémantisation chargée de connotations positives. Vue comme un processus irrépressible, la mixité a été valorisée dans le champ culturel, les notions de métissage ou de transferts étant objectivées comme autant de processus constitutifs de l’histoire de l’humanité, perçus comme facteurs d’enrichissement plutôt que comme vecteurs de corruption ou de déperdition des patrimoines culturels et artistiques. Elle a également été investie d’espoirs politiques et philosophiques, notamment par des organisations internationales telles que l’UNESCO, ou encore théorisée à travers, par exemple, la notion connexe de créolisation développée par Edouard Glissant.

En dépit (ou peut-être en raison) du processus de mondialisation et de l’intensification des migrations au long cours, les résistances n’ont pas disparu. Métissage et mixité suscitent encore aujourd’hui, fantasmes, craintes et rejet. À droite et à l’extrême-droite, ils sont perçus comme un facteur de décadence des sociétés occidentales confrontées à la perte de leur identité. À gauche, non sans paradoxe, le refus de la mixité est porté par certains mouvements antiracistes tandis que sur la scène artistique, certains mouvements livrent bataille contre les phénomènes qualifiés « d’appropriation culturelle ».

PROGRAMME :

  • Lundi 4 décembre 2017 : Salle de conférence, Centre d’Histoire de Sciences-Po

- 9h Début des travaux
Accueil : Marc Lazar, Directeur du Centre d’Histoire de Sciences-Po
Christian Delage, Directeur de l’IHTP
Introduction : 9H15 Marie-Anne Matard-Bonucci, Paris 8-IHTP ( CERA)- IUF

ENTRE MIXOPHOBIE ET MIXOPHILIE : PENSER LE METISSAGE

- 9h45 Doctrines religieuses / Présidence Valentine Zuber (EPHE-GSRL)

• Nina Valbousquet (USHMM-Washington), Tradition catholique et mariages mixtes judéo-chrétiens : La longue durée du dogme de l’Eglise.
• Mazek Ayoub (DRES-UMR 7354), Le mariage mixte et l’Islam : Du droit musulman classique au droit musulman contemporain.
• Patrick Cabanel (EPHE-GSRL), Mariages mixtes et protestantisme : une approche de longue durée.
• Béatrice de Gasquet (Paris 7-URMIS), Mariages mixtes et judaïsme à l’époque contemporaine.

- 11h30 Approches politiques / Présidence : Dominique Schnapper (EHESS)

• Armelle Enders (Paris 8-IHTP), Aux origines du « Brésil, pays métis ». La proposition de Karl-Friedrich von Martius (1843) pour l’empire du Brésil.
• Jennifer Meyer (ENS Lyon-Erfurt), La mixité raciale à l’origine du patriarcat. Féminisme et antisémitisme chez les femmes de droite dans l’Allemagne de la première moitié du XXe siècle.
• Frédéric Roustan (IrAsia, UMR7306), L’invention de la question du métissage au Japon depuis 1945 : acteurs, discours et représentations.

- 15h Approches intellectuelles et scientifiques / Présidence : Nonna Mayer (CNRS-CEE)

• Carole Reynaud-Paligot (Paris I, Centre d’histoire du XIXe siècle), Entre mixophobie et mixophilie : les approches savantes de la fin du XIXe siècle.
• Delphine Peiretti-Courtis(TELEMMe (UMR 7303. AMU-CNRS), Croisements, hybridité raciale, mixophobie et mixophilie dans la littérature médicale sur les corps noirs (1860-1950).
• Etienne Smith (CERI-Sciences-Po),Céline Labrune-Badiane (Institut d’Etudes avancées de Nantes), La mise en débat du métissage culturel par les intellectuels d’AOF (1937-1945)

  • Mardi 5 décembre 2017 : CNRS, rue Pouchet, salle de conférences

POLITIQUES D’ASSIGNATIONS IDENTITAIRES ET REVENDICATIONS

- 9h30 Inclusion, séparation répression / Présidence, Isabelle Backouche (EHESS, CRH)

• Marie-Anne Matard-Bonucci (Paris 8, IHTP-IUF), Les couples mixtes judéo-chrétiens dans la France de Vichy
• Yves Denéchère (Angers-CERHIO), Un cas de biopolitique française postcoloniale : les enfants eurasiens et africasiens de Seno (Laos)
• Adrien Rodd (UVSQ-CHCSC), Métissage et autochtonie en Australie et en Nouvelle-Zélande

- 11h30 Droits et combats / Présidence, Laurent Joly (CNRS-CRH)

• Jean-Baptiste Rachel (University of California), Droits et combats des métis autour de la citoyenneté dans l’Empire français-
• Violaine Tisseau (CNRS, IMAf), L’enquête sur « le problème des métis » à Madagascar en 1938
• Bak-Ne Im Ahn (Paris VII), La question du métissage en Corée du Sud : du rejet à la valorisation.

PRATIQUES ET STRATEGIES DES UNIONS MIXTES

- 15h Passages, brassages / Présidence :Paul Zawadzki (Paris 1- GSRL, UMR 8582)

• Vincent Gourdon (CNRS, Centre Roland Mousnier) et Cyril Grange (CNRS, Centre Roland Mousnier), Les mariages mixtes catholiques de Paris : 1869-1909
• Paola Ferruta (La Sapienza-Rome- Centre Roland Mousnier), Conversions et mariages à Trieste au XIXe siècle : Les femmes juives entre hantise de la mixité, affirmation de valeurs alternatives et stratégies d’élévation sociale.
• Emmanuel Blanchard (UVSQ, CESDIP), Laure Blévis (Paris Ouest - Nanterre, ISP), Couples et mariages franco-algériens dans l’entre-deux guerres : pratiques sociales et réponses administratives.
• Justine Cousin (Paris IV), Les marins de couleur, au cœur des métissages dans les ports britanniques (1900-1950)

  • Mercredi 6 décembre 2017 : Lieu : CNRS, rue Pouchet, salle de conférence

- 9h Vécus : Frontières, Déchirures, hiérarchies / Présidence : Myriam Cottias (EHESS)

• Adélaïde Marine-Gougeon (Paris IV, EHESS), Le métissage dans les Antilles françaises de la 2e moitié du XIXe siècle, un révélateur des tensions et contradictions de la société post-esclavagiste.
• Hannah Francis (Etats-Unis, Rice University), La pratique du « Plaçage » à la Nouvelle Orléans
• Martino Oppizzi (Paris 8- IHTP), L’importance de s’appeler Livournais. Les frontières de la mixité au sein de la communauté juive de Tunisie.
• Françoise Blum (CNRS, CHS), Ophélie Rillon (CNRS, LAM), L’itinéraire de Gabriel d’Arboussier ou le roman du métissage.
Etienne Naveau (Inalco), La question du mariage mixte dans la littérature indonésienne contemporaine

- 14h30 La question des métissages culturels / Présidence : Jean-Claude Yon (CHCSC-UVSQ)

• Charlotte Grabli (EHESS, Paris), « Une musique qui traduit l’âme noire » : le discours des musiciens congolais sur l’influence de la musique cubaine à Léopoldville durant les années 1950.
• Pauline Cherrier (Aix-Marseille- IrAsia, UMR 7306) « Le métissage nippo-brésilien : discours et représentations au Brésil et au Japon ».
• Rezgui Ibtissem (Université Badji-Mokhtar, Annaba Algérie - Université Paris I Panthéon-Sorbonne), L’architecture des XIXe et XXe siècles en Algérie : entre mixité et métissage.

Discussion finale avec les membres du comité scientifique

- 16h30 Conclusion : Pierre Birnbaum (Paris 1)