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Indexicalités langagières et sociales

Séance du 7 décembre 2017, 11h à 13h
CNRS, salle de visioconférences, 7 Rue Guy Môquet, 94800 Villejuif

- Maho Sebiane (Centre de Recherche en ethnomusicologie UMR 7186 LESC, Centre Français d’Archéologie et de Sciences Sociales USR 3141 CNRS) :
De la possession rituelle à la louange du prince. Le cas du chant emblème du rite leiwah aux Emirats Arabes unis

Dès la fondation des Émirats Arabes Unis (1971), les institutions culturelles locales ont popularisé la danse leiwah comme une pratique de divertissement. Il apparait cependant qu’elle n’est qu’une émanation d’un rite de possession pratiqué par des citoyens d’origine africaine nommé Zunûj. Ces derniers sont les descendants des esclaves est-africains importés dans le Golfe arabo-persique au cours du XIXe siècle. Le statut servile de leurs ancêtres n’est pas mentionné dans l’historiographie de cet État-nation et les références à une présence africaine dans le Golfe et à l’esclavage sont exclues de l’espace culturel et social. Cette situation a invisibilisé cette population. Ainsi, bien que leurs musiques, chants et danses soient exposés dans les festivals et les commémorations nationales, elles sont décontextualisées de leurs significations initiales.

Aujourd’hui, après un demi-siècle de patrimonialisation, le leiwah est perçu par la jeune génération urbanisée comme une « tradition » profane et d’inspiration arabe. D’autant plus que le principal chant « Jumbo leiwah » loue nommément le père de la nation émirati : Sheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan (1918- 2004). Toutefois, ce chant est le chant emblème du rite de possession leiwah. Le texte original, encore chanté en swahili par les Zunûj, fait explicitement référence à l’esprit principal de ce rite et à son origine africaine. Comment un chant rituel d’origine africaine peut-il devenir un chant de louange pour une personnalité arabe du Golfe ? Quels sont les rapports sociaux des acteurs et le cadre d’énonciation de ce chant permettant ce changement de langue et de significations ? Cela contribue-t-il à une relecture de l’histoire et du patrimoine immatériel locale ? Et en quoi les cadres de l’expérience d’E. Goffman apparaissent-ils appropriés pour l’analyse ?

Dans cette présentation, c’est à partir d’expressions indexicales extraites de différentes versions de ce chant, collectées au cours d’enquêtes ethnographiques, que je chercherai à montrer l’intérêt d’une compréhension du contexte historique et social des Zunûj comme système de référence afin d’expliquer ce cas d’étude.

Lectures théoriques recommandées

1. Goffman Erving, 1974 [1986], Frame Analysis. An Essay on the Organization of Experience. Northeastern University Press, pp : 21-123.(traduction française 1991 Les Cadres de l’expérience, Paris, Ed. Minuit).

2. Cefai & Gardella. 2012. Comment analyser une situation selon le dernier Goffman, in Daniel CEFAÏ et Laurent PERREAU (dir.), Erving Goffman et l’ordre de l’interaction, Paris, CURAPP-ESS/CEMS-IMM, pp : 233-266.


Textes complémentaires

1. Sebiane Maho, 2015, Entre l’Afrique et l’Arabie : les esprits de possession sawâhili et leurs frontières, Journal des Africanistes 84 (2), 2014 : 48-79.

2. Sebiane Maho, 2011, La patrimonialisation des musiques traditionnelles aux E.A.U : État des lieux et enjeux d’une politique culturelle en mutation 1971-2010, MUSICultures (vol.37).CSTM, 61- 74.

Sur le site http://llacan.vjf.cnrs.fr/info_coord.php < http://llacan.vjf.cnrs.fr/info_coord.php > ou http://llacan.vjf.cnrs.fr/info_coord.php < http://llacan.vjf.cnrs.fr/info_coord.php > vous trouverez toutes les informations pour vous rendre sur place.

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