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Anthropologie du Sahel occidental musulman (Sénégal, Mali , Mauritanie) : hiérarchies sociales, « castes » et esclavage

Séance du 10 avril 2014, de15h à 17h
Site Raspail, salle de réunion, 2e étage, 96 bd Raspail 75006 Paris

- Jean Schmitz (IRD-IMAF)
De la revendication sociale des présumés « descendants d’esclaves » à la quête de reconnaissance islamique dans la vallée du Sénégal

Au Sénégal le « nom d’esclave » est encore aujourd’hui une arme de disqualification dans le combat politique ou les luttes de classement intellectuel, toujours disponible comme en témoigne inversement sa « désactivation » quotidienne à travers les relations à plaisanterie. Sa portée est d’autant plus efficace que le code de politesse interdisant le style direct, la stigmatisation opère sous forme de rumeur. Ce secret partagé (public secret) d’une réalité sue mais rarement articulée sinon dans les moments de crise, persiste alors que les rapports de dépendance ou d’exploitation ont disparu. Pour expliquer ce paradoxe nous procéderons par changement d’échelle abordant le niveau régional d’abord, local ensuite.

Dans un premier temps on pourrait invoquer une stigmatisation statutaire ou sociale si les acteurs de deux mouvements complètement indépendants, l’un en Mauritanie celui de l’IRA regroupant les harâtîn, l’autre au Sénégal celui d’Enndam Bilaali chez les Haalpulaaren, n’étaient pas en train de contester le déni d’islam dont ils sont victimes. Aussi à l’heure actuelle leur lutte met au premier plan la quête de reconnaissance de leur islamité (imamat de mosquée…). Or dans les deux pays séparés uniquement par le fleuve Sénégal, les leaders de ces mouvements sont souvent les descendants d’esclaves guerriers des princes (royal slaves), des émirs maures ou almaami haalpulaar. En outre loin d’être unifiées, ces micros élites serviles de type mamlûk sont segmentées en multiples strates remontant à des époques distinctes au sein d’une palette de statuts allant de la dépendance à la liberté.

Deuxièmement au niveau local d’une ancienne « capitale des almaami », nous avons pu observer au cours d’une enquête au long cours que ceux-ci n’étaient pas des « étrangers » ou des « anti-parents ». L’ethnographie des interrelations entre anciens nobles et subalternes met à jour des inversions relatives de la dépendance par des "amitiés intimes" ou des mariages entre la lignée des almaami et celles de concubines esclaves libérées lorsqu’elle portent un enfant (femme taara ou umm al-walad). Or un certain nombre de « politiciens » de la commune en question sont issus de ces mariages, ce qui fait dire à deux leaders dont celui du mouvement Enndam Bilaali, « nous sommes les « oncles » (maternels) des hommes politiques ».

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