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Ces mains vertes du khat, un arbre est-éthiopien dans une treille globale

Économies, échanges

7 juin 2018
MMSH, Jas de Bouffan, Aix-en-Provence
14h-17h, salle Georges Duby

Séminaire de laboratoire du site d’Aix, « Anthropologie et histoire : dialogues et confrontations », coordonné par Violaine Tisseau (CNRS) et Fabio Viti (Université d’Aix-Marseille).

Céline Lesourd (CNRS, Centre Norbert Elias, Marseille)
Ces mains vertes du khat, un arbre est-éthiopien dans une treille globale

En Éthiopie, la consommation des feuilles de khat est longtemps restée cantonnée à son berceau végétal, à l’est du pays, dans la région productrice de l’Harargué ; une mastication à la recherche de propriétés stimulantes alors circonscrites aux populations harari, oromo, et somali essentiellement musulmanes. Depuis la fin des années 1990, les « feuilles d’Allah » se sont essaimées hors de leur espace et de leur aéropage confessionnel habituel pour devenir un phénomène transculturel ; on dénombrerait dans le pays quatorze millions de mâchoires potentielles, musulmans et chrétiens orthodoxes confondus, des hommes essentiellement – même si le vert public se féminise – parmi lesquels de plus en plus de jeunes gens. Par ailleurs, la plante locale s’est muée en marchandise globale puisqu’elle s’exporte massivement, et légalement, dans la sous-région – à Djibouti et au Somaliland. Plus loin, en Chine, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Australie, les bouquets suivent la cartographie molaire des diasporas somalienne, éthiopienne, djiboutienne mais aussi yéménite en se jouant de la cascade prohibitionniste des législations nationales. L’accélération de cette phyto-circulation tout azimuts, et ses contraintes, entrainent dans le « berceau » du khat d’inévitables conséquences économiques, sociales et politiques : l’argent abonde, la production explose, les identités religieuses et communautaires se (re)cristallisent sur le rameau, la manne financière du business de jade devient un enjeu de contrôle politique. A partir d’une recherche menée à Dire Dawa et ses environs, je propose de donner à comprendre certaines des répercussions locales de cette circulation globale en focalisant mon propos sur la filière de production et de commercialisation du khat, du travail des paysans dans les champs aux harangues des commerçantes juchées sur les étals des marchés.

- Carrier (Neil), « Khat in Colonial Kenya : A History of Prohibition and Control », Journal of African History 50, 2009
- Cassanelli (Lee V.),, “Qat : changes in the production and consumption of a quasi-legal commodity in northeast Africa”, in A. Appadurai (ed.), The Social Life of Things. Commodities in Cultural Perspective, Cambridge, Cambridge University Press, p. 236–257, 1986
- Destremau (Blandine), « Le qat, planche de salut ou cancer de l’économie yéménite ? », Études rurales n° 117, p.179-190, 1990
- Destremau (Blandine), « Le qat et la “narcotisation” de l’économie yéménite », Revue du monde musulman et de la Méditerranée, n°55-56, p. 266-284, 1990

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