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Anthropologie comparative du Sahel occidental musulman

Séminaire organisé par Amalia Dragani, membre associée (LAS), Pietro Fornasetti, doctorant à l’EHESS (IMAF), Ismael Moya, chargé de recherche au CNRS (LESC), Abdel-wedoud Ould-Cheikh, professeur à l’Université de Lorraine, Jean Schmitz, directeur de recherche à l’IRD (IMAF), et Etienne Smith, Chercheur associé, CERI (Sciences Po Paris).

Année universitaire : 2018 / 2019
Périodicité : 1er, 3e et 5e mercredis du mois de 15h à 17h
Localisation : IMAF, salle de réunion, 2e étage, 96 bd Raspail 75006 Paris.
La séance du 19 décembre aura exceptionnellement lieu en salle de réunion du CRAL, 1er étage, 96 bd Raspail.
Calendrier : Du 21 novembre 2018 au 19 juin 2019

Présentation :
Ce séminaire est consacré à l’anthropologie comparative des sociétés du Sahel occidental musulman (Sénégal, Mauritanie, Mali, Niger...) et de leurs diasporas, régionales et internationales. Nous poursuivons cette année l’étude de quatre thématiques : l’islam, les hiérarchies sociales de castes et d’esclavage, la migration ainsi que les relations de genre pour s’interroger sur l’unité de cette région. Loin de considérer les différentes configurations saheliennes comme des espaces disjoints, on s’attachera à comprendre leur continuité dans une perspective comparative en s’intéressant à l’historicité et la cohérence des économies morales, des institutions et des valeurs qui les organisent. Il s’agit enfin de dépasser les problématiques centrées sur des groupes définis en soi ou par leur origine, au profit de l’étude des dynamiques politico-religieuses de la région (djihad du XIXe, réformisme musulman…) et de l’analyse des relations qui constituent et articulent les catégories sociales locales et rendent compte de leur mutabilité : superposition (intersectionnalité), substitution, occultation.
Les thématiques abordées cette année seront variées: les répertoires de la honte, la mise en perpective des réformismes musulmans en passant par les frontières sahariennes de l’europe ou l’historicité des tensions agro pastorales en arrière plan de Boko-Haram (Nigeria/Cameroun) de la crise du Mali central.

CONTACT :
ismael.moya(at)cnrs.fr

PROGRAMME

- 21 novembre 2018
Séance introductive, Présentation des responsables et des thématiques du séminaire, celles d’actualité au regard de celles abordées les années antérieures. Présentation de la bibliographie du séminaire.

- 5 décembre
Pietro Fornasetti (IMAF, EHESS), La construction spatiale des migrations transnationales : pour une proxémique non culturaliste des mobilités au « pays bissa » (Burkina Faso)

- 19 décembre - ATTENTION au changement de salle : CRAL, 1er étage, 96 bd Raspail 75006 Paris
Anna Dessertine (PRODIG, IRD), Penser les espaces à partir des mobilités : dynamiques rurales en Haute-Guinée

- 30 janvier 2019
Abdel Wedoud Ould Cheikh, professeur à l’université de Lorraine, Les polémiques constituantes du champ maraboutique ouest saharien

- 6 février
Jean Schmitz (IMAF, IRD), "La religitimation de l’esclavage par l’islam mondialisé contemporain (Boko Haram) ou les malentendus de l’abolitionnisme des imamats et jihâd en Afrique de l’Ouest (XVIII-XIXe siècles)"
Résumé :
Dans l’actuelle décennie 2010, deux événements récents situés aux deux extrémités de l’Afrique de l’Ouest articulent islam, esclavage et abolition de façon contradictoire. Le 27 avril 2012 en Mauritanie le leader du mouvement abolitionniste IRA, Biram Dah Abeid brûla publiquement plusieurs livres de droit musulman (fiqh). L’objectif était de dénoncer la « version locale » du fiqh qui déclinait les incapacités civiles et surtout religieuses de « l’esclave », à diriger la prière… À l’inverse en avril 2014 dans l’État du Borno situé à l’est du Nigeria, le groupe Boko Haram mettait en esclavage les lycéennes de Chibok au nom du jihâd. Aussi plusieurs auteurs parlent de « post esclavage » (post slavery) pour qualifier la situation présente où l’abolition de l’esclavage n’aurait pas abouti à l’éradication de formes de stigmatisation religieuses, matrimoniales… (Lecoq & Hahonou 2015 ; Pelckmans et Hardung 2015).

On peut toutefois se demander s’il ne faut déplacer ce questionnement antérieurement. Deux ouvrages récents réévaluent contradictoirement l’émancipation ou l’abolition à l’âge des imamats du XVIIIe siècle et des États fondés après un jihâd du XIXe siècle en les insérant au sein des « révolutions atlantiques ». Rudolph Ware dans The Walking Qur’an (2014). considère que la révolution musulmane à l’origine de l’imamat de la vallée du Sénégal aurait aboli l’esclavage dans les années 1785-1787 avant la première abolition française de 1791. Paul Lovejoy dans Jihâd in West Africa during the Age of Revolutions (2016) limite la portée émancipatrice des jihâd à la phase initiale de la fondation du plus important État issu du jihâd du XIXe siècle, le califat de Sokoto (Nigeria du Nord) fondé à partir de 1804 par ‘Uthman dan Fodio ou de ses émirats (Liptako, Ilorin…) et dans l’espace atlantique à la révolte des Malês à Bahia au Brésil en 1835. Ultérieurement l’entreprise se mua en une gigantesque opération d’asservissement des « païens », un « second esclavage » puisque selon les calculs de Lovejoy, les effectifs d’esclaves présents à Sokoto au milieu du XIXe siècle sont comparables à ceux de l’Amérique du Nord et du Brésil à la même époque.

Nous discuterons ces deux thèses dans le cadre de l’imamat de la vallée du Sénégal où l’émancipation d’esclaves guerriers à la fin du XVIIIe siècle fut suivie de la reconstitution d’une micro armée noire par les almaami qui étaient à la tête de l’imamat au milieu du XIXe siècle. L’ethnographie à l’échelle locale d’une des capitales de l’imamat s’attachera aux inter-relations entre une dynastie d’almaami et leurs esclaves guerriers. D’autre part les maîtres étaient également reliés par mariage à cette élite servile par le biais des concubines-esclaves (umm el-walad, « la mère de l’enfant femme », taara…). C’est cette configuration, le complexe mameluk/ umm el-walad, identique à celle des mameluk, slaves soldiers, "esclaves de la couronne" dont parle Sean Stillwell (2004, 2014) dans le califat de Sokoto, qui, selon nous, explique le fait que l’abolition islamique ne soit que restreinte.

Lovejoy, Paul E., 2015 « Les empires djihadistes de l’Ouest africain aux XVIIIe-XIXe siècles », Cahiers d’Histoire. Revue d’histoire critique, 128 : 8-103.

Lovejoy, Paul E., 2016 Jihad in West Africa in the Age of Revolution 1785-1850, Ohio University Press.

Ware, Rudolph T., 2014 The Walking Qur’an: Islamic Education, Embodied Knowledge, and History in West Africa, University of Carolina Press.

- 20 février
Benjamin Acloque (EHESS), "Une improbable frontière précoloniale au Sahara. Questions autour d’un tracé départageant des puissances tribales en 1868 en Mauritanie (Sahel/Adrar)".