IMAF - Institut des mondes africains


Accueil > Actualités > Séminaires

Séminaire « Circulations et empires » : réunion préparatoire

Juliette Honvault, Iris Seri-Hersch (IREMAM), Simon Imbert-Vier et Hervé Pennec (IMAF) vous invitent à participer à la réunion préparatoire du séminaire inter-laboratoires qu’ils entendent mettre en place à la rentrée 2014-2015, sous le titre

Circulations et empires : expérimenter des « histoires connectées » (Méditerranée - Moyen-Orient - Afrique, XVIe-XXe s.)

jeudi 26 juin 2014, à 10h, salle 219, MMSH, Aix

La réunion aura pour objectif de sonder les participants locaux possibles, et d’affiner l’argumentaire en fonction de ces derniers, mais aussi en fonction de premières lectures :
- Juliette Honvault : La place de la notion de circulation dans l’ouvrage de Suraya Faroqhi, The Ottoman Empire and the world around it, I.B. Tauris, 2004
- Iris Seri-Hersch : Scruter la circulation des savoirs, dé-européaniser l’histoire des sciences : Kapil Raj, l’Inde et la Grande-Bretagne
- Simon Imbert-Vier : « Braudeliser » la mer Rouge ?
Réflexions à partir du dossier présenté par Jonathan Miran, « Space, Mobility, and Translocal Connections across the Red Sea Area since 1500 », Northeast African Studies, vol. 12, n° 1, 2012
- Hervé Pennec : Réflexions sur les « connected histories » des XVIe-XVIIe s. à partir des travaux de Sanjay Subrahmanyam, Serge Gruzinsky et Romain Bertrand.

Argumentaire

Argumentaire du séminaire Circulations et empires

Dans leurs déclinaisons les plus récentes, les études impériales s’inscrivent dans le droit fil des histoires « croisées » ou « connectées » en vogue depuis une décennie. En témoigne toute une série de colloques et de séminaires organisés en France et en Europe ces dernières années [1]. Histoire connectée, transferts transimpériaux, rencontres d’empires, circulations, network turn… Si ces notions semblent parfois être utilisées à des fins rhétoriques, elles ont également fait l’objet de réflexions critiques. Ce séminaire propose de partir d’une synthèse de ces réflexions pour interroger, à nouveaux frais, l’histoire des empires, en prenant pour entrée principale la notion de circulation. Celle-ci renvoie à des mouvements d’objets, de biens, d’idées ou de personnes au sein d’un espace ou entre des espaces. Ces mouvements interpellent les constructions territoriales et administratives que sont les empires, aussi bien dans les imaginaires des acteurs d’empires que sur le terrain des interactions sociales. Il s’agira d’une part de mesurer ce que des circulations, à la fois produit et productrices de connexions, font aux empires, comment elles contribuent à les façonner. Il s’agira d’autre part de réfléchir aux façons par lesquelles des empires engendrent, encadrent, transforment, entravent des circulations.

L’usage du concept de circulation présente plusieurs avantages heuristiques : il permet de dépasser le problème du choix de l’échelle d’observation et de contourner les difficultés inhérentes aux approches « macro » (dont l’appréhension d’un empire comme un « tout » comporte des risques de réification et de généralisations excessives) et « micro » (qui présentent le danger d’une singularisation extrême ou d’extrapolations abusives lorsque l’empire est par exemple appréhendé à partir d’une de ses provinces). Aborder les questions impériales par les circulations, c’est également éviter le piège d’une vision dichotomique qui dresserait trop frontalement un centre face à des « périphéries » ou à des « marges ». En outre, tracer des circulations intra et transimpériales permet de ne pas confiner, de façon arbitraire, des processus historiques à des unités territoriales délimitées par le pouvoir central. Se poser la question des circulations, c’est, de fait, questionner les frontières internes et externes d’un empire, leur sens pour les acteurs, leur effectivité, leur porosité. Enfin, un tel angle d’approche permet d’appréhender dans un même cadre analytique des empires territoriaux (ottoman, éthiopien) et coloniaux (français, britannique, italien, portugais), deux catégories d’empires qui relèvent d’historiographies traditionnellement séparées.

Ce séminaire invite ainsi à réinterroger, au prisme des circulations, les histoires impériales des espaces de la Méditerranée, du Moyen-Orient et de l’Afrique à la période moderne et contemporaine. Les « objets circulants » seront volontairement variés et les échelles d’observation plurielles. Des réflexions pourront être développées notamment, et non exclusivement, à partir des questionnements suivants :
- Le cadre politique ou administratif d’un empire facilite-t-il nécessairement les circulations en son sein ? Faut-il concevoir l’empire comme un espace de circulations ?
- Quels types de circulations l’établissement d’un empire engage-t-il ? La transformation des distances parcourues influe-t-elle sur la nature des produits échangés, sur l’instauration de nouveaux réseaux ?
- Comment les administrations impériales traitent-elles des circulations dont les empires héritent ? Celles-ci se trouvent-elles modifiées par l’ouverture des frontières/horizons ?
- En quoi le cadre impérial est-il pertinent pour les « objets » ou personnes qui circulent ? Comment ce cadre affecte-t-il les circulations ?
- Effets des circulations sur les circulants et les espaces de circulation : comment les objets circulants transforment-ils les espaces (géographiques, sociaux, culturels) qu’ils traversent/rencontrent et, inversement, comment les circulants sont-ils transformés/façonnés par leur expérience dans (ou leur interaction avec) ces espaces ?
- Contrôle des circulations : quelles circulations échappent à l’empire ? Les frontières impériales ont-elles un sens pour celles et ceux qui les traversent ? Influent-elles sur la valeur de ce qui est transporté ? Quel est le rôle des frontières, des postes de douane, de la diplomatie, dans le contrôle des circulations ?
- Comment des circulations à l’échelle impériale modifient-elles les savoirs locaux et les rapports sociaux ?
- Quels éléments d’un empire seraient-ils masqués par l’étude des seules circulations, et quels biais cette approche introduit-elle pour la compréhension des empires ?


[1« Enseignement et colo­ni­sa­tion dans l’Empire fran­çais : une his­toire connec­tée ? » Colloque international, Ecole Normale Supérieure de Lyon, 30 septembre, 1 et 2 octobre 2009, http://colonisation-enseignement.ens-lyon.fr/ ; « Violences coloniales, violences impériales : comparaisons, circulations, transferts (XIXe-XXe siècles) », séminaire du Centre d’histoire de Sciences Po Paris, 2014, http://calenda.org/271356 ; « Encounters of Empires : Interimperial Transfers and Imperial Manifestations (1870-1950) », colloque international, Cologne, Allemagne, 17-18 janvier 2013, http://hsozkult.geschichte.hu-berlin.de/tagungsberichte/id=4801 ; « After Networks : New Directions in the History of the British Empire », Colloque international, University of Aberdeen, Royaume-Uni, 19-20 avril 2013, http://www.abdn.ac.uk/global-security/news/programme-after-networks-/ ; « Connected Histories of Empires », Colloque international, Bristol, Royaume-Uni, University of Bristol, Centre for the Study of Colonial & Postcolonial Societies, 16-17 juillet 2013, http://www.bris.ac.uk/arts/research/events/2013/1650.html