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Histoire sociale de l’Afrique orientale, de la mer Rouge et de l’océan Indien, XIXe-XXe siècles : archives, mémoires et circulations

Séminaire organisé par Silvia Bruzzi (postdoctorante IMAF/Institut Émilie du Châtelet), Henri Médard (professeur Aix-Marseille Université/IMAF) et Elena Vezzadini (membre associée IMAF, postdoctorante Université de Bergen).

Périodicité  : Vendredi de 15 h à 18 h
Localisation  : EHESS salle 015, RdC, bât. Le France 190-198 av de France 75013 Paris.
Calendrier  : 9 janvier, 6 février, 6 et 20 mars, 3 avril, 22 mai, 5 et 12 juin 2015. Les séances des 5 et 12 juin se dérouleront en salle 1 (même adresse).

Présentation

Ce séminaire se focalise sur une partie de l’Afrique souvent négligée par les études africaines en France, et pourtant capitale pour comprendre les dynamiques du continent entier. Il vise à devenir un point de rencontre pour les étudiants et les chercheurs qui travaillent sur l’histoire sociale d’une Afrique s’étendant du Caire au Cap, une Afrique qui se noue au-delà des frontières nationales, à travers les circulations et les échanges multiformes des individus et des groupes dans un espace connecté avec la Méditerranéenne et l’Asie à travers la Mer Rouge et l’Océan Indien et au-delà avec les mondes atlantiques européens et américains.

L’Afrique de l’Est des XIXe-XXe siècles est un espace impérial extrêmement dense (entre empires ottoman, omanais, britannique, français, allemand, italien, et portugais), dont l’histoire est marquée par des tensions de nature économique et géopolitique mais aussi raciale et religieuse... Sans négliger le poids des questions politiques nationales et internationales et des systèmes impériaux, l’approche de ce séminaire reste avant tout sociale. Un large espace sera dédié aux questionnements méthodologiques dans l’écriture d’une histoire sociale s’appuyant sur des sources hétéroclites. Le point de départ, désormais consolidé, est que la construction des archives et la production de sources, ainsi que leur utilisation pour l’écriture de l’histoire, sont des actes chargés, intimement liés à un système de savoirs et de pouvoirs. Aussi, la cristallisation d’un récit « crédible » a souvent moins à voir avec ce qui s’est passé qu’avec l’« histoire de l’histoire », ou encore avec l’histoire de la mémoire. Par conséquent, ce séminaire propose de remettre en question les narrations par le haut en utilisant l’archive « contre elle-même », pour reprendre l’injonction d’Ann Laura Stoler. Le recours aux sources externes aux archives d’État (archives privées, collections de récits oraux ou encore circulation de certains répertoires musicaux ou de certains objets) participe pleinement à cette démarche.

Pour autant, il ne s’agit pas simplement de trouver des sources « alternatives » qui seraient plus « justes » ou plus « crédibles » et qui invalideraient certains récits dominants. Notre propos, au contraire, est de procéder par juxtaposition, c’est-à-dire confronter le récit qui s’esquisse à partir de différent types de sources – quand celles-ci sont disponibles – et interroger les contradictions générées par cette comparaison. En effet, on comprend le fait d’intégrer des sources « alternatives » comme des générateurs de complexité. Ces contradictions sont elles-mêmes des « traces » de conflits ou des silences qui nous permettent de nous rendre pleinement compte de la complexité et des réverbérations de l’histoire.

Nous aurons soin d’équilibrer les approches sans oublier l’autonomie des acteurs locaux et l’importance des logiques régionales tout en insistant sur le jeu d’échelles. Nous aborderons donc une Afrique orientale des XIXe-XXe siècles face aux impérialismes certes mais qui ne se réduit pas à eux, une Afrique contemporaine, des mémoires et des corps par exemple, enracinée dans un temps long.

Calendrier des séances

- 9 janvier Séance introductive (salle 015)
Jean Fremigacci (IMAF-Paris 1) : « Madagascar 1947 : la crise violente comme ouverture exceptionnelle sur des sociétés colonisées »

- 6 février (salle 015)
Anne Bang (Université de Bergen) : « From Hadramawt to East Africa : Arabs in East Africa in the 19th and 20th century and the many meanings of homeland. »
Philippe Petriat (IMAF-Paris 1) : « Les échanges en mer Rouge au début du 20e s. vus par différentes archives »

- 6 mars (salle 015)
Marie-Aude Fouéré (EHESS) : « Quand les matériaux du passé alimentent le combat politique : les archives-hors-les-murs de Zanzibar »
Elena Vezzadini (Université de Bergen-IMAF) : « Secrets, silences et mensonges : les archives qui parlent mal (Soudan, XXe siècle) »

- 3 avril (salle 015)
Henri Médard (IMAF-Université Aix-Marseille) : « L’échange inégal entre l’oral et l’écrit : l’oblitération des traditions écrites anciennes et l’hégémonie de l’imaginaire historique du mouvement des Bataka (Ouganda, 20e siècle) »
Marie Laure Derat (CNRS-IMAF) : « Hagiographies de saints-rois éthiopiens, histoire des Zagwé et les échanges entre oralité et écriture entre les XVe et XVIIIe siècles »

- 17 avril (salle 015)
Valérie Golaz (INED-CEPED) et Claire Médard (IRD-URMIS) : « Migrations et environnement dans la région du lac Albert (Ouganda) : Comment des informations localisées (recensements, presse, enquêtes de terrain) mettent en lumière les transformations en cours »
Guillaume Blanc (Musée du Quai Branly) : « Écrire l’histoire environnementale contemporaine de l’Éthiopie : archives humaines, archives écrites, archives naturelles »

- 29 mai, changement de lieu : Centre Malher de l’IMAF (9 rue Malher 75004 Paris), salle 106
Estelle Sohier (Université de Genève) : "Images et corps des rois. Utilisation des sources visuelles pour une histoire de l’Ethiopie contemporaine"

- 5 juin (salle 1)
Silvia Bruzzi (IMAF-Institut Émilie du Châtelet) : « La possession comme source. Corps et mémoire à Harar »
Francesca Declich (Université d’Urbino), « Music and performance as historical sources : examples from East Africa »

- 12 juin (salle 1)
Violaine Tisseau (IMAF) : « En quête des métis, entre catégorie coloniale et réalité sociale »
Clémence Pinaud (NYU Shanghai) : « Ethnicité et discours historiques en temps de crises politiques au Sud Soudan : de 1955 à 2014 »