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Monuments et documents de l’Afrique ancienne : recherches en cours en histoire, histoire de l’art et archéologie

Séminaire animé par Claire Bosc-Tiessé (INHA), Amélie Chekroun (CNRS, Irémam), Marie-Laure Derat (CNRS, O&M), Anaïs Wion (CNRS, IMAF).

Année universitaire : 2019 / 2020
Périodicité : Un mercredi par mois de 9h30 à 12h30
Localisation : Voir détail ci-dessous dans le programme
Calendrier : Du 13 novembre 2019 au 3 juin 2020


Présentation :

Ce séminaire teste et confronte hypothèses et méthodes pour montrer comment les sciences humaines écrivent aujourd’hui le passé de l’Afrique. L’objectif est de présenter et discuter les recherches en cours sur l’Afrique ancienne, entendue dans un sens très large de la préhistoire jusqu’au pré-contemporain, prenant en compte aussi bien les régions au sud du Sahara que celles qui sont au nord. Il s’agit non seulement d’établir une veille sur les tendances actuelles de la recherche mais surtout de voir comment celle-ci peut se faire en situation de pénurie documentaire dans une interdisciplinarité en acte. Ce séminaire permet aussi de mobiliser et rassembler les recherches sur l’Afrique pré-contemporaine pour créer un lieu d’échanges et dynamiser le champ.

PROGRAMME

- 13 novembre 2019, INHA, Salle Vasari
Ahmed Chanfi (Humboldt-Universität zu Berlin), « Les turuq sufis : d’anciennes institutions de conversion à l’Islam en Afrique de l’Est ? »
Bien que l’Islam se soit établi sur la côte de l’Afrique de l’Est depuis le IXe siècle au moins, les confréries soufies, notamment Qadiriyya, Shadhiliyya et ’Alawiyya, ne s’installent dans la région qu’au XIXe siècle. Contrairement à l’image d’institutions fermées, rétrogrades, pro-coloniales et pro-régimes politiques établis souvent attribuées aux confréries soufies, celles-ci ont enseigné et appliqué un Islam réformiste dans cette région et, ce, jusqu’à récemment. Par une généalogie des textes religieux produits par et autour de ces confréries soufies comme par des enquêtes anthropologiques, cette communication mettra en avant l’histoire de leur installation en Afrique de l’Est, le fonctionnement de leurs réseaux en mer Rouge et dans l’Océan indien et comment ils devinrent les premiers à combattre la colonisation dans la région.

Légende : Chaîne d’initiation et d’affiliation (silsila) à l’ordre sufi Shadhiliyya-Yashrutiyya (Comores, XXe s.)

- 11 décembre , Campus Condorcet, Bât. Recherche Sud, salle 3.122 (3è étage) SÉANCE ANNULÉE ET REPORTÉE SINE DIE pour cause de grève dans les transports.
Henri Médard (IMAF, Université Aix-Marseille), « Le déni de l’écrit : Luttes de pouvoir et élaboration de versions concurrentes de l’histoire du Buganda »
Les enquêtes orales au Buganda (dans le centre de l’Ouganda) recueillent aujourd’hui une version du passé ancien très différente de celle mise par écrit et publiée en luganda dans les années 1890-1910. Ces différentes versions de l’histoire du royaume ne reflètent pas la cohabitation de sources issues de l’élite de cour, convertie au christianisme, qui s’opposerait à une mémoire plus populaire, clanique et païenne. Les discours récents sur le passé ancien du royaume du Buganda reflètent les luttes politiques intenses des années 1920. Ils reflètent la mobilisation des populations des îles et des rivages du lac Victoria, qui souffrent particulièrement durant la période coloniale. S’ils portent une mémoire historique ancienne, c’est celle des gens du lac par opposition au reste de la population plus terrienne. Cette version de l’histoire antagoniste à la première se diffuse à l’ensemble de la population à travers les mobilisations successives de l’opposition politique des années 1920-1940 pour devenir hégémonique aujourd’hui.

Légende : Apolo Kagwa (1864 ?-1927), premier ministre du roi du Buganda et historien

- 8 janvier 2020, INHA, Salle Vasari
Hiba Abid (EHESS / CESOR) « Pour une approche croisée des manuscrits arabes : histoire de l’art, codicologie et usages du livre post-médiéval en Occident musulman (Maghreb/Afrique de l’Ouest) »

À ce jour, le manuscrit enluminé produit dans l’Occident musulman (Maghreb/Afrique de l’Ouest) demeure le parent pauvre de l’étude de l’histoire de l’art du livre islamique post-médiéval, les recherches s’achevant d’ordinaire à l’aube du Xe/XVIe siècle conduisant ainsi à un profond déséquilibre historiographique. Le désintérêt pour les siècles suivants est régulièrement justifié par le postulat d’une stagnation des innovations dans l’art du livre dans cette région, lequel serait dû à un hermétisme local se traduisant par une inlassable répétition de formules héritées de l’époque médiévale. Toutefois, un examen minutieux révèle l’émergence de nouvelles tendances artistiques au Maghreb dans le cadre de scriptoria dont l’existence est attestée non seulement par les témoignages manuscrits mais aussi par les sources historiques. Certains ateliers jouissaient d’un rayonnement qui dépassait les frontières de leur pays et réalisaient de luxueux manuscrits pour des princes et des dignitaires étrangers, tandis que les archives attestent des échanges et de la circulation d’artisans du livre, s’adaptant aux goûts du pays d’accueil. D’autres artistes, à l’exemple du calligraphe marocain al-Qandūsī, se sont fait un nom et ont mis en place des innovations techniques ou esthétiques.

Légende : Pages liminaires d’une copie du livre de prières le Dalâ’il al-Khayrât de Muhammad b. Sulaymân al-Jazûlî (m. 1465), copié le 20 mars 1829 par le calligraphe Muhammad b. al-Qâsim al-Qandûsî à Fès, 154 ff., 30 x 22 cm, Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc, Rabat.

- 5 février, INHA, Salle Vasari
Michel Tuchscherer (Aix-Marseille Université, Institut d’Etudes et de Recherches sur les Mondes Arabes et Musulmans), « Café et caféiers entre Ethiopie, Yémen et Egypte, une histoire encore fragmentaire à revisiter »

C’est sans doute dans les forêts primaires des montagnes du sud de l’Ethiopie que des hommes se mirent à consommer les fèves cueillies sur des caféiers qui y poussent à l’état naturel. Quand, comment, dans quels buts ? Nous n’en savons pas grand-chose jusqu’à présent. La culture du caféier fut développée au Yémen, sans doute vers le milieu du XVIe siècle et les réseaux musulmans liant le Yémen à la Corne de l’Afrique jouèrent un rôle déterminant dans l’introduction de la consommation du café et de la culture du caféier. Mais les rares sources, écrites et exclusivement en arabe, ou matérielles et se limitant pour l’instant à des tessons de céramiques, restent très fragmentaires. L’étape ultérieure, celle de la diffusion du café dans l’ensemble de l’Empire ottoman à partir de l’Egypte au cours du XVIe siècle, est en revanche plus amplement documentée. De nouvelles recherches, élargies à des domaines peu explorés jusqu’à présent tels que l’archéologie, l’ethnologie et la botanique, permettraient sans doute d’apporter de nouveaux éléments à la première histoire du café.

Légende : Mausolée du chaykh ‘Ali b. ‘Umar al-Shadhili (m. vers 1420) à Moka (Yémen) auquel certains récits attribuent l’introduction du café au Yémen.

- 4 mars, INHA, Salle Vasari
Marie-Laure Derat (CNRS, Orient & Méditerranée), Yves Gleize (INRAP, ANR EthioChrisProcess), Anaïs Wion (Institut des Mondes Africains), Nafissa Valieva (ANR EthioChrisProcess), Sergey Kim (ANR EthioChrisProcess)

En examinant trois moments du processus de christianisation de l’Ethiopie (aux VIIe, au IXe-Xe et XIe-XIIIe s.), le projet « Christianisation et interactions religieuses en Ethiopie du VIe au XIIIe siècles : approches comparées avec la Nubie et l’Egypte » (ANR EthioChrisProcess) interroge les modalités du contrôle de l’Ethiopie centrale par l’Etat chrétien et revient sur les traces laissées par d’autres sociétés. En faisant appel à des registres documentaires variés (sources épigraphiques, documentation manuscrite, numismatique, iconographique, vestiges archéologiques), ce projet tente ainsi de retracer une histoire plurielle de l’Ethiopie médiévale. Cette séance présentera les travaux en cours sur les cimetières de Lalibela et les évolutions socio-religieuses dont ils témoignent, comme des analyses de textes menées dans la mise en place de la base de données Lalibela Ethiopian Manuscript Archives.

Légende : Cour intérieure de l’église Saint Gabriel à Lalibela, vestiges des différentes phases du site et tombes.

- 1er avril, INHA, Salle Vasari
Stéphane Ancel (CNRS, Césor), « Les chrétiens éthiopiens à Jérusalem au 19e siècle : Menace de disparition et développement, différenciation et porosité des cultures »

Cette présentation propose de revenir sur deux processus a priori contradictoires qui agitent la communauté des chrétiens orthodoxes éthiopiens de Jérusalem au XIXe siècle. Alors que les Ethiopiens sont sous la menace de véritablement disparaître de la scène de la ville sainte, ils arrivent toutefois à se développer au point que, au début du XXe siècle il y a un quartier dit éthiopien dans la ville. Par ailleurs, ils font en sorte de se différencier des autres communautés, expliquant à qui veut les écouter leurs particularités ethniques et religieuses. Pourtant, dans leurs écrits comme dans leurs actions quotidiennes, la promiscuité des autres communautés se ressent. Leur discours mémoriel se fonde, par exemple, sur des témoignages issus d’autres communautés. L’utilisation de figures historiques non éthiopiennes comme élément légitimant y est récurrent, l’ensemble traduisant indéniablement leur exposition à la porosité des cultures en cours à l’époque à Jérusalem.

Claire Bosc-Tiessé (INHA), « Présentation succincte de l’aménagement et de la décoration des églises éthiopiennes à Jérusalem au XIXe siècle : la création d’un ‘art éthiopien d’Orient’ ? »

Installés depuis le Moyen-Age à Jérusalem, les religieux éthiopiens semblent mettre en place au XIXe siècle une nouvelle synthèse de l’architecture et de l’art éthiopiens. Alors que les deux chapelles installées dans le Saint-Sépulcre font avec l’héritage copte, l’église Dabra Gannat est un édifice circulaire du dernier quart du XIXe siècle, mais les deux édifices conjuguent images éthiopiennes et images provenant de différents milieux chrétiens dans une mise en espace originale qui empruntent de même à différentes traditions chrétiennes. L’aménagement et la décoration des lieux de culte éthiopiens à Jérusalem au XIXe siècle seront présentés ici comme esquisse à des recherches futures.
Légende : Eglise de Dabra Gannat, dernier quart du XIXe siècle-2019

- 6 mai, INHA, Salle Vasari
Nicolas Michel (Aix-Marseille Université, Institut d’Etudes et de Recherches sur les Mondes Arabes et Musulmans), « Les oasis égyptiennes du désert occidental, XVe-XXe siècles : archéologie, ethnographie et histoire »

Les oasis de Kharga, Dakhla, Farafra et Bahriyya, dans le désert libyque, font partie de l’ensemble politique et administratif égyptien depuis l’Antiquité. Très proches de la vallée du Nil sur les plans culturel et social, elles s’en écartent par leur milieu naturel original et par les effets propres à l’éloignement. Isolement et climat aride se conjuguent pour assurer des conditions de préservation exceptionnelles à toutes les strates du passé, du bâti au parcellaire agricole ou aux installations hydrauliques. De premiers voyages de reconnaissance, en 1818-1822, ont attiré l’attention des archéologues et antiquisants. Les oasis ont surtout fait l’objet de nombreuses campagnes de fouilles et de surveys à partir des années 1970 jusqu’à leur fermeture aux étrangers en 2015, motivée par des raisons de sécurité. Quoique moins explorées que d’autres secteurs de l’Égypte humaine (Bédouins, Nubiens), elles ont intéressé aussi des ethnologues. En revanche, leur histoire durant les périodes islamique et pré-moderne reste obscure, en dépit d’un patrimoine bâti remarquable et d’une documentation écrite récemment renouvelée par la mise au jour de plusieurs ensembles d’archives privées allant du XVe au XXe siècle. Nous nous proposons ici d’éclairer la situation paradoxale de ces oasis, apparemment familières mais très inégalement connues et étudiées.

- 3 juin, INHA, Salle Vasari
Sandro Capo Chichi (Université Paris-7), « L’histoire religieuse dans le Golfe du Bénin pendant le second millénaire : un éclairage linguistique »

Cette communication reviendra sur les méthodes de la linguistique historique et comparée pour poser de nouvelles hypothèses sur les relations entre les populations du Golfe de Bénin. En mobilisant principalement les théonymes et les noms d’objets de culte, leur étymologie et leur diffusion, elle reviendra ainsi sur les articulations de la linguistique et de l’histoire comme de l’histoire de l’art.