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Penser le temps et écrire l’histoire de l’Afrique

Séance du 3 décembre 2014, 17h à 19h
Site Malher, salle 206 (Person), 9 rue Malher, 75004 Paris

- Rémi Dewière (Paris 1/IMAF)
Et regardez son voyage vers la maison sacrée de Dieu », mobilité religieuse et diplomatie à l’épreuve du temps du ḥaǧǧ au Sahel médiéval et moderne (XIIIe-XVIIIe siècles)

Résumé :
Le pèlerinage annuel à la Mecque, le ḥağğ, est le point d’orgue de la vie religieuse de tout croyant musulman. Voyage entrepris de manière individuelle ou collective, le ḥağğ implique la réunion de différents acteurs dans un ou plusieurs espaces donnés. Il implique également un mouvement et un temps de l’année religieuse et solaire. Enfin, le ḥağğ est un « entre-deux qui marque le passage d’un état à un autre » (Chiffoleau, 2005). Ces différentes facettes du pèlerinage à la Mecque impliquent un rapport complexe au temps, qu’il soit religieux, mais aussi social, économique ou politique. Ainsi, le ḥaǧǧ, en tant qu’événement, régule la vie des croyants, il rythme leur calendrier, basé sur le cycle lunaire et il structure leur vie, instaurant un avant et un après dont les conséquences sociales sont importantes dans la société de départ.
Plus encore, le ḥaǧǧ en tant que pratique de déplacement située dans le temps a une grande importance dans le pays d’origine des pèlerins, mais aussi le pays d’accueil et sur les étapes du trajet. Le pèlerinage à la Mecque rythme les circulations de longue distance dans l’ensemble du monde musulman. Il permet, à des périodes précises, de traverser les frontières, d’effectuer des rencontres et des transactions. Au sud du Sahara plus encore qu’ailleurs, c’est cet aspect du ḥaǧǧ qui marque profondément les sociétés musulmanes à l’époque médiévale et moderne. À partir du XIIIe siècle, date à laquelle plusieurs États musulmans ont déjà émergé (Mali, Songhay, Kanem, Borno, Aïr, Darfur…), les témoignages abondent à propos de pèlerins soudanais traversant le désert pour effectuer leur devoir religieux, ou utiliser les réseaux du pèlerinage pour entreprendre différentes missions diplomatiques ou économiques.
L’objectif de notre intervention est de répondre aux nombreuses questions que soulève le rapport entre le pèlerinage à la Mecque en tant que pratique de la mobilité et le temps, et notamment l’orchestration entre calendrier du pèlerinage et cycles du commerce transsaharien : le choix de la route prise, la période choisie, le temps passé sont à la fois conditionné par le calendrier religieux, mais aussi le calendrier saisonnier et le calendrier politique dans la région sahélienne et saharienne.

Discutant : Ismail Warscheid (post-doctorant à l’Institut historique allemand).

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