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Mobilisations et identités en Afrique de l’Ouest (XIXe –XXIe siècles)

Pilotage  : Jean-Luc Martineau, CESSMA/IFRA Nigeria

Ce projet vise à rassembler des historiens, anthropologues et politologues qui interrogent les mobilisations comme « évènements » fabriquant des identités à plusieurs niveaux. Il fédère des chercheurs appartenant à l’Institut des Mondes Africains et à l’Institut Français de Recherches Africaines au Nigeria.

Etudier les mobilisations signifie interroger des groupes et des réseaux d’intérêts qui se forment dans un contexte donné pour des objectifs politiques ou socio-économiques. Qu’elles soient conflictuelles et sources de fractures sociales ou pacifiques et occasion d’échanges consensuels entre les différents acteurs sociaux, qu’elles choisissent la voie de la visibilité publique ou des formes d’actions souterraines, les mobilisations sont un objet d’étude qui permet de saisir les outils, les thèmes et les enjeux qui fédèrent un groupe.

Par ailleurs, étudier l’action collective implique de questionner le rôle du pouvoir politique, tantôt contre-pouvoir étouffant les groupes militants, tantôt lieu d’expression privilégié de leurs idées.

Il s’agit aussi d’analyser les trajectoires personnelles des actrices et des acteurs ainsi que leurs rôles et leur degré d’investissement au sein des groupes d’action. Il convient enfin de ne pas négliger la dimension transnationale des mobilisations et de mettre l’accent sur les idéologies et les pratiques, sur leur circulation en Afrique de l’Ouest, voire au sein des grands ensembles territoriaux colonisés quand c’est pertinent, et sur la réappropriation de certains discours par les groupes étudiés.

Ces moments de mobilisation collective – et les groupes d’action qui les animent – sont des angles d’attaque privilégiés pour l’étude des processus pendant lesquels se façonnent les identités tant nationales que régionales, genrées ou religieuses ; instants-tournants dans la longue durée ou processus inscrits eux-mêmes dans la durée, ces moments, parfois coalescents, n’impactent pas les processus identitaires de la même manière. En outre, à chacune des étapes de leur cristallisation, ces identités fonctionnent comme levier de mobilisations, dans un rapport dialectique constamment renouvelé et à l’échelle de groupes aux contours parfois changeants.

L’étude des sources (discours, chants et musiques, proverbes, contes ou textes littéraires en général, slogans et publications militantes, livrets cérémoniels, entretiens, photographies, productions radiophonique, télévisuelle ou cinématographique...) et celle de leurs producteurs permet de comprendre la genèse de ces identités collectives. Les chercheurs qui participent à cet axe s’interrogent sur ces mobilisations comme matrices de nouvelles d’identités à des échelles variables. L’analyse des actions collectives permet de contextualiser leur évolution non seulement en Afrique de l’Ouest mais aussi au-delà, en particulier lorsque l’on travaille sur des vecteurs identitaires relevant de la communication musicale, radiophonique et cinématographique qui s’inscrivent dans un cadre de plus en plus global depuis le milieu du XXe siècle (radiodiffusions des empires coloniaux, influences filmiques réciproques Afrique du Sud-Nigeria-Inde, globalisation des formes musicales...).

Il s’agira donc d’étudier les processus et les acteurs/trices qui ont conduit ces activités collectives à devenir les socles en perpétuelle mutation d’identités transnationales, nationales, régionales ou locales. A ce titre, les chercheurs travaillent à l’analyse de la patrimonialisation de pratiques ou de discours et de leur réutilisation pour légitimer la pérennisation d’identités nationales et ethno-régionales (dans le cadre de l’Etat fédéral ou des Etats fédérés contemporains) ou ethnolinguistiques (quand une zone linguistique plus ou moins homogène tente de se donner comme cadre identitaire et territorial). Un autre fil de cette réflexion porte sur les identités de genre, dans le cadre d’une collaboration entre l’IFRA et l’Institute of African Studies de l’université d’Ibadan (programme Gender Studies, lancé en 2014). L’enjeu consiste à voir comment des identités de genre ont influencé la façon de se mobiliser et la définition des axes moteurs des mobilisations, puisque les actions collectives ont impliqué à la fois des assignations de genre et des constructions identitaires genrées. Cette approche suggère aussi une étude de l’impact des mobilisations selon leur genre afin de creuser la question du rapport entre mobilisations féminines ou masculines et leur écho dans la ou les sociétés concernées. Enfin, avec d’importantes variations selon les régions et le moment, les chercheurs analysent les modalités selon lesquelles les identités religieuses constituent ou pas des facteurs de mobilisation au-delà du champ religieux (remettant en cause une vision euro-centrique qui privilégie une organisation du social en sphères séparées). On envisagera à cet égard une étude des spécificités et des points de contact entre les formes de revendications identitaires précitées et les modes d’action et objectifs des différents réseaux confessionnels.

Parce qu’il s’insère dans les axes de recherche de l’IMAf d’une part et de l’IFRA-Nigeria à Ibadan de l’autre, ce projet enrichit la connaissance des dynamiques identitaires en les inscrivant dans la longue durée et en posant les bases de la compréhension de leurs évolutions dans l’avenir.