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L’émigration-immigration comme « fait social total ». Retours sur les travaux et la pensée d’Abdelmalek Sayad

Il y a vingt ans Abdelmalek Sayad nous quittait. Son œuvre, qui s’étend sur près de 40 années d’enquêtes et une centaine de publications, a très largement contribué au renouvellement des regards et des pratiques scientifiques sur le phénomène migratoire et sur un ensemble d’objets de première importance pour les sciences sociales.
La volonté d’Abdelmalek Sayad de ne jamais dissocier les logiques sociales produisant l’émigration des formes de recomposition des collectifs à l’œuvre dans toute immigration, mais surtout son attachement à décrire de part et d’autre de la Méditerranée les modalités et les contours d’une « double absence », ont rencontré un large écho dans le monde académique et plus largement dans le monde militant, associatif et intellectuel.
Novatrice, l’œuvre d’Abdelmalek Sayad l’est, en effet, à plusieurs égards. Sur le plan de l’analyse des expériences migratoires tout d’abord, elle renferme une série de textes centraux pour les sciences sociales tant sur un plan théorique que méthodologique. Il en va ainsi pour le texte El Ghorba, dans lequel Abdelmalek Sayad rend compte des logiques sociales qui ont produit la migration algérienne vers la France métropolitaine dans le cadre colonial. Il y décrit, à travers le témoignage du jeune Mohand, la façon dont le déclin d’un modèle agricole « traditionnel » alimente les espérances dans un projet migratoire dont les pionniers taisent les réalités matérielles auprès des plus jeunes. Mais il en est également de ces multiples articles où Sayad analyse finement les récits biographiques de migrants et d’enfants de migrants. Sur le plan de l’analyse des rapports intimes entre immigration et État-nation, entre la condition d’étranger et un appareil étatique qui rend tangible à travers une série de dispositifs de papiers ou policiers la césure entre étranger et national, l’œuvre de Sayad s’avère pionnière. Elle inaugure une réflexion profonde sur les liens entre l’immigration et la « pensée d’Etat » pour reprendre la notion esquissée par Pierre Bourdieu, l’immigration interrogeant « la limite de l’Etat-nation ».
Parce qu’elle appréhende l’émigration-immigration comme « fait social total », la production scientifique d’Abdelmalek Sayad, en apparence circonscrite à la sociologie de l’immigration et à celle de l’État, dépasse de loin ces deux objets. Reprenant à Allal, Buffard, Marié et Regazzola l’idée de la « fonction miroir » de l’immigration, Sayad fait de celle-ci un socle, plus qu’un point d’aboutissement, de la réflexion ; un socle qui lui permet de développer sa propre sociologie décentrée du récit national en y incorporant notamment la dimension coloniale des rapports de domination.
Le parcours du sociologue a, par ailleurs, produit un volumineux fonds d’archives, mêlant matériaux d’enquêtes, notes de travail préparatoires, et documents associés à son parcours personnel, son engagement éditorial ou sa participation à diverses commissions. Ce fonds précieux, collecté dès 2004 par l’association Génériques, avant son transfert au Musée national de l’histoire de l’immigration, auprès de la médiathèque qui porte désormais son nom, est depuis 2016 conservé et consultable aux Archives nationales.
Pour toutes ces raisons, les travaux et les outils sociologiques d’Abdelmalek Sayad sont d’une vive actualité pour les praticien.nes des sciences sociales qui défendent l’interdisciplinarité. Si ce colloque est aussi un hommage, il ne le sera qu’en montrant comment les chercheur.es continuent de s’approprier et à mettre à l’épreuve de leurs terrains et de leurs propres recherches les acquis de ses travaux.
Si pour une part les contributions retenues pourront revenir sur la trajectoire scientifique de Sayad, le comité scientifique du colloque considérera avec tout autant d’attention les propositions de communication soumises par des doctorant.es ou docteur.es aux terrains de recherche ouvrant sur des aires décentrées des seuls terrains français et algérien.
Il serait préférable que celles-ci s’inscrivent dans l’un des cinq axes suivants, correspondant à un ensemble de textes de références produits par A. Sayad :

- Axe 1 : Sayad penseur du fait colonial
(voir doc. attaché)

- Axe 2 : La condition immigrée (travail, précarité, santé, stigmatisation)
(voir doc. attaché)

- Axe 3 : Transmission familiale, enfants illégitimes, école, question de la ou des langues
(voir doc. attaché)

- Axe 4 : Dimension religieuse / critique du culturalisme
(voir doc. attaché)

- Axe 5 : Etats et immigration
(voir doc. attaché)

Un regard favorable sera aussi porté sur les propositions de communication qui mobilisent les archives Sayad désormais consultables aux Archives nationales. Les propositions de communication de 5000 signes maximum doivent être envoyées avant le 10 mai 2018 à l’adresse :
colloquesayad@gmail.com.

Les réponses seront communiquées début juin.

Le colloque aura lieu à l’EHESS, 105 bd Raspail, amphithéâtre Furet & à l’auditorium des Archives Nationales (Pierrefitte-sur-Seine, métro Saint-Denis Université)

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