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« Aliéné mental » et « indigène ». Histoire juridique d’une double discrimination de statut en Afrique française (Fin XIXe siècle-1960)

Projet ANR AMIAF. Projet jeunes chercheurs/jeunes chercheuses (JCJC) de l’ANR.
Responsable scientifique : Silvia Falconieri (CR, CNRS)

Le projet AMIAF se propose de réaliser une enquête historico-juridique ayant pour objet les discours et les pratiques juridico-administratifs qui président à la construction et au fonctionnement du statut de l’aliéné indigène dans les territoires africains colonisés par la France aux XIXe et XXe siècles. Focalisée sur les enjeux et sur les effets de la superposition des catégories d’ « indigène » et d’« aliéné », cette recherche vise à atteindre deux objectifs principaux :

1. Détecter les signes spécifiques de l’aliénation retenus par les juristes et par les administrateurs dans leurs pratiques en Afrique avec les « indigènes ».

2. Interroger les enjeux de l’usages des savoirs extra-juridiques sur le psychisme mobilisés par les juges et par les administrateurs coloniaux.

- 1. Comment le droit et l’administration distinguent-ils la mentalité (ou l’âme ou l’esprit, suivant les formulations) indigène ‘‘normale’’ ou ‘‘ordinaire’’ de la mentalité ‘‘pathologique’’ ? Les éléments permettant d’apprécier l’aliénation mentale diffèrent-ils par rapport à ceux dont l’administration et la justice se servent pour appréhender et traiter la folie des Européens résidant en métropole ou en Afrique française ? Comment envisagent-ils une restriction supplémentaire des droits des sujets coloniaux, en prévoyant un traitement différent des aliénés mentaux indigènes ? Comment la conception juridico-administrative de la folie évolue-t-elle tout au long de la période coloniale ?
La détermination et l’analyse des contextes dans lesquels la justice et l’administration françaises d’outre-mer se saisissent de l’altération des facultés psychiques des populations locales, accompagnées d’une étude des procédures judiciaires et administratives permettront de détecter les éléments dont les juges et les administrateurs se servent pour classer les Africains comme « aliénés ». La recherche est axée sur l’hypothèse de fond que, en situation coloniale, les éléments dont les juristes et les administrateurs s’emparent pour classer les indigènes comme aliénés émanent davantage de l’observation du corps, des gestes, des mimiques et des réponses comportementales.

- 2. Lorsqu’il s’agit de cerner le pathologique de l’« esprit indigène », les spécialistes du droit et les administrateurs s’appuient sur des connaissances relevant d’autres branches des sciences et des savoirs. Quels sont le rôle et la fonction des experts de ces autres disciplines ? Quels sont les enjeux de l’échange que les juristes et les administrateurs bâtissent avec eux autour de la folie ? Le projet AMIAF s’arrête sur les usages politiques des sciences et des savoirs, en interrogeant la sélection des connaissances opérée dans le cadre du traitement juridico-administratif de la folie. En prêtant attention aux changements intervenus aux différents moments de la présence française en Afrique, cette recherche vise à faire ressortir les enjeux (politiques, économiques, disciplinaires) cachés derrière le choix des acteurs institutionnels de mobiliser certaines connaissances et d’en écarter d’autres. Dans cette perspective, une importance centrale est accordée au processus d’émergence de savoirs spécialisés (la médecine, la psychiatrie et la psychologie coloniales) qui s’imposent sur le plan institutionnel surtout tout au long de la première moitié du XXe siècle. L’attention se focalise également sur la place accordée aux savoirs autochtones traditionnels, ainsi qu’aux usages, plutôt tardifs, du savoir psychanalytique.

Soulevant des questionnements qui demeurent d’une actualité brulante, la recherche AMIAF impacte les domaines social et politique. Une analyse historique de longue durée est indispensable pour cerner les processus actuels d’assignations identitaires, pour interroger sous un nouveau regard la crise humanitaire des réfugiés et les difficultés des politiques de lutte contre les discriminations, pour détecter les mécanismes qui poussent les gouvernements à privilégier certains savoirs sur le psychisme, au détriment d’autres, dans les politiques actuelles en matière de santé mentale.

Équipe

Silvia FALCONIERI, CR au CNRS, IMAF (UMR 8171), responsable du projet http://imaf.cnrs.fr/spip.php?article2191

Isabelle THIEBAU, AI au CNRS, IMAF (UMR 8171)

Marianna SCARFONE, MCF à l’Université de Strasbourg, SAGE (UMR 8363)

Sandra FANCELLO, DR au CNRS, IMAF (UMR 8171)

Florence RENUCCI, DR au CNRS, IMAF (UMR 8171)

Jérôme FERRAND, MCF à l’Université de Grenoble, CERDAP (EA 7443)

Géraldine AÏDAN, CR au CNRS, CERSA (UMR 7106)

René COLLIGNON, CR au CNRS

Agnès LAINÉ, chercheure affiliée à l’IMAF (UMR 8171)

Nicolas DERASSE, MCF à l’Université de Lille, CHJ (UMR 8025)

Hervé FERRIÉRE, MCF à l’Université de Bretagne occidentale

Tanguy LE MARC’HADOUR, MCF à l’Université d’Artois, CHJ (UMR 8025)

Elise PESTRE, MCF à l’Université de Paris 7, UFR d’études psychanalytiques http://www.ep.univ-paris-diderot.fr/recherche/crpms/membres-du-crpms/ec-05-2/

Raphaël GALLIEN, Étudiant en master 2, Université Paris VII-Denis Diderot

Romain TIQUET, CR au CNRS, IMAF (UMR 8171)

Carnet de recherche Hypothèse ANR AMIAF : https://amiaf.hypotheses.org

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