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In memoriam Yvette Trabut

  • Cet hommage paraîtra également en juin 2020 dans le n°238 des Cahiers d’études africaines.

Avec la disparition d’Yvette, c’est tout un monde de l’EHESS et des « Annales » qui s’évanouit. Le monde de Fernand Braudel, Charles Morazé, de Marc Ferro, de Lucette Valensi, d’André Burguière, de Bernard Lepetit et de tant d’autres dont elle me parlait souvent mais aussi de chercheurs étrangers qu’elle avait côtoyés comme Steven Kaplan. Yvette était un pilier des « Annales », de cette revue et de cette école fondatrices de l’EHESS dont elle aurait pu faire l’histoire et dont elle a d’ailleurs, avec Martine Grinberg, publié une table analytique [1] . Elle a vu passer nombre de chercheurs et d’universitaires de cette période où l’histoire économique et sociale prévalait encore mais où l’histoire des mentalités était désormais devenue la marque de fabrique de ce courant.
Lorsque Emmanuel Terray et moi-même l’avons sollicitée pour nous rejoindre aux « Cahiers d’études africaines » , elle a d’emblée accepté sans hésiter bien que ce transfert d’une revue historienne généraliste de grand prestige à une revue « aires culturelles » de qualité eût pu être ressenti par d’autres comme un déclassement.
En tant que secrétaire de rédaction, Yvette était la perfection même car outre son expérience inégalable dans l’accueil des auteurs et le traitement des articles, sa gentillesse faisait l’unanimité auprès de ceux avec lesquels elle était en contact. Plus qu’une collaboratrice, Yvette est devenue une amie.
Bien qu’étant étrangère au monde africaniste, Yvette a su s’adapter parfaitement à la spécificité culturelle d’une revue qui accueille nombre d’articles d’anthropologie. Elle aurait souhaité se rendre sur le continent africain mais malheureusement la possibilité ne lui en a pas été offerte.
Avec elle, c’est une époque bénie de la recherche et de l’édition qui s’en va, de ces revues fondées par de grands noms comme ceux de Marc Bloch, Lucien Febvre, Fernand Braudel, Claude Lévi-Strauss et Georges Balandier mais dont la qualité porte également l’empreinte de tous ceux et surtout de toutes celles qui ont assuré leur production matérielle et ont permis leur diffusion dans le monde entier.

Jean-Loup Amselle


[1Martine Grinberg et Yvette Trabut, « Vingt années d’histoire et de sciences humaines. Table analytiques des Annales (1969-1988) », Annales ESC, Paris, Armand Colin, 1991.