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Des petits dieux sans culte : retour sur la notion de religion

Journée d’études en visioconférence
Le 18 février 2021


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Argumentaire :

Les sciences religieuses et l’ethnologie des sociétés lointaines ont accordé une large place à l’étude d’êtres ou de puissances que l’on ne voit pas et qu’on ne cherche même pas à voir ou fréquenter de près. Ces formes mineures du divin, sans culte apparent et souvent sans noms propres sont, dans la tradition africaniste en français, désignés généralement par le terme « génie », qui ne possède pas d’équivalent exact en anglais, et dans d’autres traditions savantes par le terme « esprit » renvoyant à une riche gamme d’appellations locales. Entre l’évitement et l’alliance, les degrés de l’engagement humain à leur égard varient fortement. Conceptualisées et vécues souvent comme des visions assez floues et éphémères ou des agresseurs potentiels qui s’attaquent à ceux qui pénètrent par mégarde ou obligation dans leur univers, de telles puissances peuvent, dans certains cas, être transformées à travers le culte en alliés qui, dans nombre de cas, s’emparent du corps de leurs serviteurs. Leur analyse à partir de matériaux africains (mandingues, lobi, seme, ouatchi, bwaba, gourmantché, gbaya), mis en parallèles avec des données provenant d’autres terrains historiques et contemporains (l’Europe chrétienne, l’islam, les mondes antiques (Rome et Ougarit), la Sibérie, l’Inde, le Népal, le Brésil), sera conduite tout au long de l’année dans le cadre d’un séminaire de recherche que la présente Journée d’Etude clôturera.
Cette Journée visera une meilleure compréhension des rapports entre les humains et ces « petits dieux », et des modes de fabrique de ces derniers au sein de divers registres de visibilité et de légitimité, où la place qu’on leur accorde n’est pas prééminente. Leur « petitesse », sur laquelle il conviendra de s’arrêter, serait-elle fonction, entre autres facteurs, de la distance du théoricien qui la mesure (théologien, missionnaire, ethnologue) au praticien engagé dans l’activité rituelle ? Force est de reconnaître que sont souvent traités de petits les dieux lointains dans l’espace ou dans le temps : ceux d’ailleurs, vénérés par des peuples dominés ou ceux du passé, relégués à un rang inférieur par la montée en puissance d’autres entités réputées plus grandes et qui supportent mal la concurrence, comme le dieu des monothéismes.
L’étude de la construction historique et des contours incertains de la catégorie des « petits dieux », marqués à la fois par leur ambivalence et leur présence dans la vie quotidienne, nous conduira ainsi naturellement à interroger la notion de superstition, que Jean-Pierre Albert abordera
dans son introduction à la Journée. On rencontrera également la question de l’idolâtrie, initialement définie par l’Europe chrétienne en vis-à-vis des paganismes antiques pour dénoncer leur dilution du divin et sa confusion supposée avec l’ordre de la matière. Cette catégorie évolue au gré des débats scholastiques, mais aussi des contacts de l’Occident avec d’autres civilisations, comme on le verra avec deux premières communications de la Journée – celle de Christophe Grellard, philosophe et spécialiste du christianisme médiéval et celle et Perig Pitrou, ethnologue du Mexique. Nous reviendrons ensuite, avec la communication de Francesca Prescendi Morresi, sur les acceptions latines de la notion de religio à l’étymologie controversée mais qui a facilité l’émergence, en Occident, d’une représentation synthétique et unifiée du domaine des interactions entre le divin et les humains. Une telle représentation n’a rien d’universelle, comme nous le verrons avec Grégoire Schlemmer étudiant un peuple népalais – les Kulung – qu’il décrit comme étant dépourvu de la notion de religion et sans dieux, si par dieux on entend, conformément à la tradition de l’anthropologie, des entités pourvues d’une forme de transcendance auxquelles on adresse des marques de dévotion. Atypiques en apparence, les Kulung le sont en réalité moins qu’on pourrait le penser à la lumière des matériaux des chercheurs d’horizons divers intervenant dans le séminaire et qui participeront à la table ronde terminant la Journée.
S’intéresser à des puissances supposées mineures nous permettra ainsi de revoir à nouveau frais le problème – majeur pour notre section – de la définition non seulement d’un dieu petit ou grand mais aussi de la religion. La conceptualisation de celle-ci en tant que mode d’engagement particulier : le culte – selon le modèle chrétien dont se sont inspirées à leur fondation l’histoire et anthropologie des religions – semble laisser dans l’ombre un certain nombre de phénomènes qu’il conviendrait d’éclairer.

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