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Sports

Séminaire mensuel de l’IMAF-Aix, « Anthropologie et histoire : dialogues et confrontations », organisé par Simon Imbert-Vier et Fabio Viti.
Voir le programme général du séminaire.

vendredi 4 juin 2021, de 14h à 17h,
salle 1, MMSH

- Benoît Gaudin (Université de Versailles Saint-Quentin, Printemps)
« Excellents, mais subalternes - Les coureurs de fond éthiopiens et kényans dans la filière du sport professionnel »
Les cultures locales de l’athlétisme fournissent aux coureurs éthiopiens et kényans les atouts qui leur permettent de devenir les meilleurs au monde sur le plan sportif. Pourtant, en contraste flagrant avec cette position de domination sportive, ils occupent sur le plan professionnel une position peu enviable : la plus basse qui soit. Ce n’est pas vraiment original.
Dans aucun pays au monde, hormis quelques rares têtes d’affiche, les athlètes professionnels ne sont en position de force face aux autres acteurs de la filière de l’athlétisme commercial (agents sportifs, organisateurs de courses, officiels, sponsors, etc.). Ce ne sont jamais les athlètes qui édictent, contrôlent, ni font appliquer les règles de fonctionnement de la filière. Mais, dans le cas des coureurs éthiopiens et kényans, cette position de dominés est accentuée par toute une série de facteurs qui conduit à une situation de précarité et de domination professionnelle extrême.

- Julien Bonhomme (École normale supérieure, Laboratoire d’anthropologie sociale)
« Le Champion du quartier. Sport, spectacle et notoriété au Sénégal »
La lutte sénégalaise (làmb en wolof) est une véritable passion nationale dans le pays. Les champions de lutte avec frappe sont des célébrités et touchent des cachets colossaux à chaque affrontement. Les grands combats attirent des milliers de supporters au stade et sont retransmis en direct à la télévision. La lutte sénégalaise telle qu’elle se pratique aujourd’hui est née de la transformation de la lutte villageoise en un sport-spectacle à visée commerciale durant l’époque coloniale. De nos jours, la lutte est pratiquée par des milliers de jeunes hommes des classes populaires qui s’entraînent quotidiennement dans les « écuries » de Dakar et de sa banlieue en rêvant de devenir un jour « roi des arènes ». La réussite n’est cependant pas uniquement une affaire de talent sportif : aucun lutteur ne peut espérer réussir sans le soutien matériel, moral et « mystique » de son écurie, de sa famille, de son quartier et de son village d’origine. Mener carrière dans l’arène nécessite en effet la mobilisation d’un vaste réseau de supporters autour de soi. À côté de ses entraînements sportifs, le lutteur doit par conséquent accomplir tout un travail réputationnel afin d’entretenir sa notoriété dans son quartier et au-delà : il faut faire parler de soi pour parvenir à se faire « un nom », devenir « populaire » et accéder enfin à la célébrité médiatique. En plaçant au centre de l’analyse la « popularité », valeur cardinale de l’arène, je propose une réflexion plus générale sur les logiques sociales de la notoriété, un type de capital symbolique qui est au cœur de la vie sociale, au Sénégal comme ailleurs, mais qui revêt une importance proprement spectaculaire dans la lutte.

Repères bibliographiques
- Julien Bonhomme et Laurent Gabail, 2018, « Lutte mystique. Sport, magie et sorcellerie au Sénégal », Cahiers d’études africaines, n° 231-232, p. 939-974
- Julien Bonhomme, 2020, « L’appel du tambour. Danse et musique dans la lutte sénégalaise », Cahiers d’ethnomusicologie, n° 33, p. 19-38
- Dominique Chevé, Cheikh Tidiane Wane, Marianne Barthélémy, Abdoul-Wahid Kane et Ibrahima Sow (éd), 2014, Corps en lutte  : l’art du combat au Sénégal, Paris, CNRS éditions
- Ousseynou Faye, 2002, « Sport, argent et politique  : la lutte libre à Dakar (1800-2000) » dans Momar-Coumba Diop (éd.), Le Sénégal contemporain, Paris, Karthala, p. 309-340
- Benoît Gaudin, 2009, « La codification des pratiques martiales », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 179, p. 4-31
- Benoît Gaudin, Bezabih Wolde (éd.), 2017, Kenyan and Ethiopian Atheltics. Toward an Alternative Scientific Approach, Addis Abeba, IRD/CFEE
- Jean-François Havard, 2001, « Ethos “bul faale” et nouvelles figures de la réussite au Sénégal », Politique africaine, n° 82, p. 63-77
- Loïc Wacquant, 2000, Corps et âme   : carnets ​ethnographiques d’un apprenti boxeur, Marseille, Agone