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Après le Sommet de la Valette (2015) : Quelles pratiques et politiques migratoires en Afrique ?

Appel à contributions du numéro 44 (2021-2) de la revue L’Espace Politique .


Numéro coordonné par :

- Florence Boyer, IRD URMIS
- Harouna Mounkaila, GERMES Université Abdou Moumouni de Niamey
- Stéphanie Lima, INUC - LISST Université Toulouse 2


Argumentaire :

Le Sommet de La Valette sur les migrations, qui s’est tenu les 11 et 12 novembre 2015 et a réuni les chefs d’États européens et africains, constitue un tournant dans le partenariat entre l’Union européenne (UE) et certains États africains sur les migrations internationales. En effet, alors que la déclaration politique et le plan d’actions décidés lors de ce sommet s’inscrivent dans la continuité de l’Approche globale de l’UE comme dans celle de l’Approche commune de la CEDEAO, la mise en place d’un Fonds fiduciaire d’urgence (FFU) ou European Union Emergency Trust Fund (EUTF) dont le but est d’agir sur les causes profondes de la migration et de lutter contre le phénomène des personnes déplacées. Ce fonds doté de 4,7 milliards d’euros (fin 2019) bénéficie à 26 pays du continent africain (dont cinq jugés « prioritaires » : le Niger, le Nigeria, le Sénégal, le Mali et l’Éthiopie). Il a permis d’infléchir fortement non seulement les politiques et dispositifs en matière de migrations de ces pays, mais aussi les politiques humanitaires et de développement (Boyer, Mounkaila, 2018 ; Boyer 2019). Le FFU s’inscrit dans la continuité de cette longue chronique de la conditionnalité de l’aide qui marque les relations Europe-Afrique depuis les Accords de Cotonou (2000) et le Processus de Rabat (2006) (CIMADE, 2020 ; El Qadim, 2018 ; Migreurop, 2017).

Les États concernés, qu’ils soient dits de « départ » ou de « transit », doivent mettre en œuvre des politiques de contrôle des déplacements (dispositifs législatifs de lutte contre le trafic et la traite des personnes, dispositifs de contrôle des frontières, entre autres) des personnes quel que soit leur statut et/ou s’inscrire dans le cadre d’accords de réadmission. Également, dans le contexte particulier de l’Afrique subsaharienne, où non seulement les États n’ont pas toujours les moyens de telles politiques, et où la question migratoire peut constituer un enjeu politique fort, comme au Mali, l’UE peut s’adjoindre la collaboration d’organisations internationales, telles que l’ONUDC, l’OIM ou le HCR, chacune jouant un rôle dans le contrôle des frontières, la gestion du renvoi des populations ou la gestion de l’asile (van Dessel, 2019 ; Scheel, Ratfisch, 2014 ; Geiger, Pécoud, 2010). Ainsi, l’originalité du FFU ne repose pas tant sur les principes politiques et d’actions prônés, que sur le fait que, en tant qu’outil financier, il amène l’UE à construire sa politique d’aide au développement en fonction de sa politique migratoire, les États bénéficiaires étant contraints de s’inscrire dans la même démarche.

Plus précisément, les principes directeurs des projets bénéficiaires du FFU sont le développement local pour « stabiliser les populations », la sécurité intérieure (par le contrôle des frontières et le maillage du territoire) et la protection tournée vers l’accueil de réfugiés, déplacés internes et demandeurs d’asile et vers les migrants dits vulnérables. Ce triptyque (Boyer, 2019) conduit à plusieurs glissements à la fois sémantiques et fonctionnels dans les politiques nationales des pays concernés : politique de développement, politique de décentralisation, politique de sécurité intérieure, politique migratoire, politique humanitaire. La « gestion » des migrations devient la clé d’entrée et de lecture de toute initiative territorialisée, alors que parallèlement la « territorialisation » des politiques publiques est à l’ordre du jour pour certains de ces États qui tentent de poursuivre leur réforme de décentralisation (Coulibaly, Lima, 2017).

Une autre particularité de ce fonds est de concerner trois zones géographiques : l’Afrique du Nord, le Sahel et lac Tchad, la Corne de l’Afrique. Malgré une définition extensive de ces espaces, il ressort que les États concernés (dont plusieurs sont membres de la CEDEAO) sont essentiellement des espaces de passage (dits « de transit ») pour des migrants en route vers l’Afrique du nord (Algérie, Lybie), voire l’Europe ; si certains sont aussi des espaces de départ, d’autres, comme le Niger, le Tchad ou le Burkina Faso ont des systèmes migratoires tournés essentiellement vers le reste du continent africain et marginalement vers l’Europe (Boesen, Marfaing, 2014 ; Mercandalli, Losch, 2018). D’autres encore, en particulier dans la Corne de l’Afrique sont des États autoritaires et/ou en conflit, producteurs de réfugiés et de déplacés internes, avec lesquels le partenariat pose question. Quels que soient les espaces, l’impact du FFU est loin d’être anodin étant donné que l’injonction à penser les conséquences locales et/ou régionales des migrations internes et internationales se construit souvent à rebours des représentations et pratiques migratoires situées. Et ce à l’opposé des tentatives récentes de renouveler le rôle de l’espace local dans les dynamiques de développement socio-spatial (Retaillé, 2007 ; Lima, 2019).

Cinq après le sommet de La Valette, et alors que le FFU touche vraisemblablement à sa fin, il apparaît important d’analyser les différentes actions qui ont été portées à la fois par les Etats concernés et les agences récipiendaires de ce fonds (pour la plupart européennes) et leurs conséquences aux échelles sous régionales, nationales et locales, dans les trois domaines qui ont été les siens : la sécurité, le développement et la protection.

L’objectif de ce numéro est d’analyser à toutes les échelles spatiales, temporelles et sociales les effets de cette nouvelle rhétorique et de cette nouvelle pragmatique des migrations internationales dont le fil conducteur reste la sécurité, le développement et la protection. Si une attention particulière sera accordée aux effets du FFU sur les pratiques et politiques migratoires en Afrique, ce dossier sera aussi ouvert à des contributions consacrées aux recompositions des mouvements migratoires intra-africains et vers d’autres régions du monde, aux évolutions de la gouvernance des migrations et aux enjeux politiques des dynamiques en cours (frontières, retours, expulsions, camps, etc.).


Les propositions d’articles sont à envoyer conjointement à :
Florence Boyer : florence.boyer@ird.fr ; Stéphanie Lima : stephanie.lima@univ-jfc.fr ; Harouna Mounkaila : hzada99@yahoo.fr

Date limite : 26 juillet 2021

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