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Cultures urbaines en Afrique australe

Éditorial

Par le comité de rédaction de RHCA (janvier 2021)

La sortie du premier numéro de la Revue d’Histoire Contemporaine de l’Afrique (RHCA) est l’occasion pour nous de revenir sur ce qui a motivé le lancement de cette nouvelle revue francophone en ligne, et sur ce qui anime le comité de rédaction.
La création de la RHCA s’inscrit dans un contexte difficile de crises politiques, sociales et morales. À ce titre, il nous semble que la recherche en sciences sociales est plus que jamais nécessaire. Alors que de nombreux gouvernements tentent par divers biais de réécrire l’histoire sous le prisme du « roman national », largement délégitimé à l’ère de l’histoire globale et connectée, nous pensons au contraire que la recherche fondamentale, et notamment en histoire de l’Afrique, doit nous aider à penser le monde, ses connections et ses complexités.
Notre comité de rédaction – composé de chercheur·e·s francophones – propose un retour à l’histoire. Une histoire de l’Afrique faite de débats, de courants historiographiques multiples et de nuances. Une histoire faite par des historien·ne·s bien souvent précarisé·e·s par les mécanismes de pouvoir et les logiques néolibérales qui sous-tendent les politiques universitaires. En France particulièrement, notre comité de rédaction dénonce avec fermeté les logiques managériales qui fragilisent les chercheur·e·s, avec une incidence particulière sur les étudiant·e·s et chercheur·e·s étranger·e·s. Nous condamnons le passage en force par le gouvernement de la nouvelle loi sur l’université en France (dite « Loi de programmation sur la recherche ») à laquelle s’oppose la majorité de la communauté scientifique depuis fin 2019. Nous condamnons aussi les poussées autoritaires et les restrictions d’accès aux sources (difficultés de consultation pour motifs politiques, ouverture sélective des archives dans le cadre de commissions de recherche pilotées par les gouvernements, disposition IGI 1300 sur les archives « secret-défense » en France, etc.), qui voudraient nous empêcher d’écrire et de dire une science ouverte, critique et émancipatrice, au profit d’une histoire rétrécie sur fond de débat sur la « repentance » dans les anciens pays colonisateurs et de suspicion à l’égard des sciences sociales critiques, décoloniales ou postcoloniales.

Sommaire :

 Introduction : cultures urbaines en Afrique australe (Sophie Dulucq, Noor Nieftegodien, Matthieu Rey)

 La bande-son du township. Culture cinématographique et urbanité sonore à Kinshasa et Johannesburg (années 1930-1950) (Charlotte Grabli)

 Sur la promenade. « Civiliser » le front de mer à Durban du milieu du XIXe siècle à nos jours (Sophie Chevalier)

 Le magasin « Vuka Africa ». Commerçants africains et pratiques culturelles en Afrique du Sud au temps de la ségrégation et de l’apartheid (années 1880 – 1960) (Alan Cobley)

 « En ville, les Africains sophistiqués ne mangent pas de ces plats-là ». Une histoire sociale de la consommation de petites céréales à Bulawayo (Rhodésie du Sud, années 1920-1950) (Bryan Kauma et Sandra Swart)

 Un centre-ville rose. La création d’espaces queer à Hillbrow (Johannesbourg) au temps de l’apartheid (Jonathan Botes)

 « Queering the City ». Politiques de la sexualité et de l’intimité à Lourenço Marques (Mozambique), 1961-1982 (Caio Simões de Araújo)

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