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Violences de genre subies par les personnes minoritaires et minorisées. Études empiriques, perspectives théoriques

Appel à communications

Alors que le moment #MeToo (Achin, Albenga, Andro et al., 2019 ; Pavard, Rochefort, Zancarini-Fournel, 2020) a placé la question des violences fondées sur le genre au cœur du débat public, un important travail des mondes associatif et scientifique a contribué à en souligner la diversité. Ces violences peuvent en effet être différenciées selon les espaces dans lesquels elles surviennent (travail, rue, relations intimes, etc.) ou leur nature (physiques, sexuelles, verbales, etc.), mais aussi selon le type de personnes affectées (adulte, enfant, etc.). Si les données quantitatives montrent des prévalences de violence élevées chez les femmes, elles soulignent aussi la forte déclaration qu’en font les populations minoritaires et minorisées ̶ minoritaires du point de vue numérique, minorisées de par la position qu’elles occupent dans l’espace social. C’est par exemple le cas des femmes précaires (Virage, 2020 ; Durand, 2021, chap. 3), migrantes (Andro et al., 2019 ; Gonçalves et Matos, 2016 ; Pannetier et al., 2020 ; Condon, Ravi, Schröttle, 2021), de celles qui vivent avec le VIH (Bensley, Eenwyk et Simmons, 2000 ; Cohen et al., 2000) ou avec un handicap (Bouvier et Niel, 2010 ; Milberger et al., 2002 ; MIPROF 2019 ; Sitbon, 2015), de celles sans-domicile (Loison et Perrier, 2019 ; Wenzel, Koegel et Gelberg, 2000), des minorités sexuelles et de genre (Lhomond et Saurel-Cubizolles, 2013 ; Rothman, Exner et Baughman, 2011 ; Trachman et Lejbowicz, 2020), etc. De la même façon, les hommes en situations minoritaires et minorisées (tels que les hommes migrants, sans domicile, homosexuels ou trans) sont plus susceptibles de rapporter des violences que les autres (Dias, Fraga, Barros, 2013 ; Freedner, Freed, Yang et al., 2002 ; Sorenson and Shen, 1996 ; Tjaden, Thoennes and Allison, 1999 ; Trachman et Lejbowicz, 2020).

Alors que la recherche empirique sur les violences de genre dans les groupes minoritaires et minorisées est encore peu développée en France, cette journée d’étude vise à faire un état des lieux et à confronter les travaux actuels sur la question, au sein de l’espace francophone et au-delà. Une double difficulté surgit alors : épistémologique d’une part, politique d’autre part.

Sur un plan épistémologique, les violences de genre subies par les populations minoritaires et minorisées interrogent le cadre analytique féministe dont l’objectif est d’appréhender les rapports sociaux de sexe. Envisageant les violences au sein d’un continuum (Kelly, 1988), ce cadre a permis de les penser de manière systémique, dans leur diversité (formes et sphères de survenue), et ainsi, de saisir comment la violence traverse et façonne la vie des femmes. Toutefois, ce cadre analytique repose essentiellement sur l’étude des violences commises par des hommes sur des femmes, hétérosexuels et cisgenres. S’intéresser aux déclarations des populations minoritaires et minorisées nécessite donc de transformer et de renouveler les outils épistémologiques disponibles pour l’analyse des violences fondées sur le genre.

Sur un plan politique, interroger l’analyse féministe sans la renier revient à adopter une posture d’équilibriste. D’une part, la multiplication des catégories de violence est l’objet de revendications militantes qui œuvrent à la publicisation et l’inclusion des groupes minorisés et qui incitent ainsi le monde de la recherche à s’en emparer scientifiquement. D’autre part, la posture féministe est au cœur de débats qui mettent en cause ou visent à affirmer la force des rapports de genre dans la production de la violence ainsi que le poids de la violence dans le façonnement des rapports et de la socialisation de genre (Jouvet-Legrand, 2018). Dans ce contexte, nous plaidons pour une approche dépassionnée et scientifique des violences fondées sur le genre visant à affiner et à approfondir les savoirs sur les liens entre genre et violence.

L’objectif de cette journée est de rassembler tant des chercheur.euses spécialistes des violences fondées sur le genre que des chercheur.euses qui ont vu émerger ces questions dans leurs enquêtes. Les propositions de communication devront relever d’une approche empirique (terrains ou archives, données quantitatives ou qualitatives) et pourront s’inscrire dans un ou plusieurs des axes suivants:

Axe 1 : Réflexions et innovations méthodologiques
Axe 2 : Mobilisations étatiques et associatives
Axe 3 : Rapports sociaux, normes de genre et production des violences de genre


Consignes

Les intitulés et les résumés des propositions de communication (en français) seront envoyés
dans un document anonyme (format .doc ou .odt), accompagné d’un second document dans
lequel seront précisées les coordonnées et une courte biographie de l’auteur·e.
Le document anonymisé doit comporter
 un résumé de 3000 signes maximum
 3 à 5 mots clefs
 l’indication de l’axe dans lequel s’inscrit la proposition.
Les propositions sont à envoyer au plus tard le 15 juillet 2022 à reseauvisage1@gmail.com

AAC_Violences de genre