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L’éducation à l’image à l’épreuve de sa transformation : Une enquête ethnographique dans et avec une fabrique de l’éducation populaire

Soutenance de thèse de Marie Ducellier
Directeur de thèse : Jean Paul Colleyn, directeur d’études de l’EHESS (IMAF)
En codirection avec Eric Wittersheim, maître de conférences de l’EHESS (LAP)
Le 30 novembre 2022, à 13h, EHESS, salle A07_37, 54 boulevard Raspail, 75006 Paris


Jury :

 Jean Paul Colleyn (directeur de thèse)
 Eric Wittersheim (codirecteur de thèse)

 Laurence Allard, Université Paris Sorbonne-Nouvelle
 Natacha Cyrulnik, Université Aix-Marseille
 Moniques Richard, Université du Québec à Montréal
 Marie Salaün, Université Paris Descartes
 Maxime Vanhoenacker, CNRS
 Alain Vulbeau , Université Paris Nanterre


➢ Résumé :

Cette recherche s’ancre dans la transition numérique qui reconfigure des modes d’accès, de production et de diffusion des images par la jeunesse. Les pratiques juvéniles évoluent dans un nouvel ordre des médiums, des classifications et des hiérarchies culturelles. La thèse s’intéresse à la manière dont cette nouvelle donne réinterroge le répertoire d’actions de l’éducation à l’image. Les divisions et les formes de concurrence sur lesquelles elle s’est progressivement instituée en France (cinéma vs audiovisuel, art vs médias, voir vs faire, fond vs forme, esthétique vs civique etc.) apparaissent de plus en plus caduques. Dans le cadre d’une Cifre au sein de la Ligue de l’enseignement, la thèse étudie la manière dont ces récentes mutations techno-culturelles reconfigurent le travail ordinaire de cette fabrique historique de l’éducation populaire et de l’éducation à l’image. C’est dans ce contexte de l’éducation dite « non-formelle », que la thèse s’intéresse à l’émergence du terme « éducation aux images », apporté comme une réponse à ces enjeux contemporains. La soudaine pluralité de l’éducation dite « aux images » est problématisée ici comme voie d’inclusion aux images (et rapports aux images) émanant de la jeunesse. La transition d’une éducation « à » l’image vers une éducation « aux » images est interrogée comme espace de dialectique entre les objets et pratiques légitimes de l’image avec les cultures audiovisuelles informelles de la jeunesse. L’éducation aux images est analysée en tant que renversement paradigmatique vis-à-vis de l’ignorance ou de la disqualification qui leur est habituellement réservée. Ce « changement de paradigme » est mis à l’épreuve de l’analyse ethnographique d’une recherche-action menée entre une fédération départementale de la Ligue de l’enseignement et un cinéma municipal art et essai. A partir d’ateliers de création audiovisuelle collective, la thèse s’intéresse au déploiement d’une éducation aux images qui se veut désormais connectée aux pratiques et savoir-faire de l’image existant chez les adolescents. Cette connexion remet en question tant les cloisonnements et les régimes de légitimité en vigueur dans le champ institutionnel de l’éducation à l’image, que les relations, méthodes et statuts des professionnels qui s’adressent à la jeunesse dans ce cadre. La recherche vise l’élucidation de ces transformations en train de se faire et interroge plus largement une praxis de l’éducation populaire réactualisée à l’ère numérique.


Mots-clés :

politiques culturelles, éducation artistique et culturelle, éducation à l’image, éducation aux images, éducation populaire, jeunesse, création collective, cinéma, audiovisuel, pratiques numériques.


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➢ Abstract :

The digital turn has led to reconfiguring how teenagers have access to, but also produce and circulate images and moving images. These new practices contribute to challenging the traditional types of media mobilised, as well as reshuffling classifications and cultural hierarchies. The thesis documents how this new context affects the practice of education to images and moving images. Long-standing divisions and rivalries that structured education to images in France (cinema vs. video, art vs. media, "looking" vs. "doing", content vs. form, esthetics vs. civics etc.) seem increasingly obsolete nowadays. The thesis explores how recent techno-cultural changes have contributed to reshaping the daily routine work of the Ligue de l’enseignement, a fundamental French institution in the field of popular education and education to image and visual culture. Conducted within the field of so-called non-formal education, this research examines the lexical transition from an education to image ("éducation à l’image") to an education to images ("éducation aux images"), in the wake of the new configuration. The plural marker inserted recently to coin education to "images" is analysed as an inclusive approach to images and visual productions produced by teenagers. The modulation from an education to image to an education to images offers the opportunity to question the relations between legitimate visual productions and practices and the informal visual productions of the youth. It is argued here that education to images is a paradigm shift, when compared to the prior common disqualification or ignorance regarding youth’s visual cultures. This paradigm shift is here tested by means of ethnographic work conducted during a "research action project" involving a local federation ("fédération départmentale") and a municipal art house cinema. Trough collective creation, this thesis documents the development of an "education to images" in connection with the numerous practices embraced by teenagers. This new connection proves to be challenging both for the established forms of cultural legitimacy in the field of non-formal education, as well as for the methods and statuses of those in charge of education to images. This research intends to elucidate this ongoing "paradigmatic shift" and to question the praxis of non-formal education, profoundly redesigned by the digital turn.

➢ Keywords : Cultural policies, fine arts education, education to images, visual culture, non-formal education, youth, collective creation, cinema, audiovisual, digital practices.