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(Re)Fonder. Modalités du (re)commencement dans le temps et dans l’espace

13e colloque annuel de la MAE
Organisé par Philippe Gervais-Lambony (LAVUE), Frédéric Hurlet (ArScAn) et Isabelle Rivoal (LESC)

Les 15, 16 et 17 juin 2016
Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Salle des Conférences, Bâtiment B

Argumentaire :
S’interroger sur la manière dont les hommes fondent revient à se demander comment ils s’attachent à donner à toute chose, tangible et intangible, son existence et sa forme. La fondation évoque tout aussi bien les découpages temporels marquant un avant et un après l’existence d’une entité de nature sociale (fondation d’un royaume, d’une communauté singulière, établissement d’une constitution, de la mémoire à attacher à un événement) que le découpage spatial et l’ancrage dans le sol d’une réalisation matérielle (fondation d’un édifice que l’on veut pérenne, bornage des limites d’une ville, d’un quartier, d’une maison ou de tout espace transformé en territoire quand on distingue un intérieur et un extérieur).

Poursuivant la réflexion inaugurée l’année dernière sur la notion de « transition historique », ce 13e colloque interdisciplinaire de la Maison Archéologie & Ethnologie, René-Ginouvès, invite à mieux définir les contours des modalités historiques, anthropologiques, sociales et juridiques des commencements dans le temps et dans l’espace. Quels principes, catégories, notions, sont mobilisés dans l’acte de fondation ? Quelles conceptions cosmogoniques ou politiques les différentes sociétés humaines convoquent-elles et qu’est-ce que les traces archéologiques nous permettent de comprendre de ces conceptions ? Quels gestes initiaux, quels dispositifs rituels, quelles distinctions président à la fondation ? Qui sont les fondateurs, comment s’imposent-ils ? Et comment appréhende-t-on le commencement dans les sociétés où l’on n’a pas ressenti la nécessité de fonder ? Du reste, cette nécessité est-elle toujours la norme dans un monde contemporain marqué par des processus globalisés, la compression de l’espace-temps, la multiplication des flux et les mises en cause des formes anciennes de territorialité par le développement des réseaux et la valorisation de la mobilité ? Peut-on encore fonder aujourd’hui, comment et pourquoi ?

Au-delà de la fondation, c’est également la réflexion sur la refondation que ce colloque aimerait faire progresser. Toutes les sociétés humaines entrent à un moment ou un autre en crise et sont amenées à affronter la question de la permanence des principes sur lesquels elles reposent. Les réponses apportées sont variables. Elles vont du mythe de la table rase à la refondation comme pur acte de mémoire en passant par une sélection de ce qui doit être refondé et ne doit pas nécessairement l’être. Nous invitons à présenter des cas d’études qui mettent en perspective la puissance régénératrice des actes refondateurs. Là où la fondation peut s’autoriser de la création à partir d’un rien, d’un espace vide, de l’altérité totale, la refondation implique de négocier dans une certaine mesure avec l’existant, aussi imparfait soit-il ressenti, et donc d’assigner une valeur à ce qui est déjà là, y compris dans sa matérialité. Quelles sont les conditions qui rendent à un moment donné la refondation nécessaire ? Comment la pense-t-on et quelle valeur lui attribue-t-on ? Qu’est-ce que la refondation nous permet de comprendre des manières d’articuler la volonté d’inscrire les formes sociales dans une continuité historique avec l’axiome selon lequel toute société évolue et que l’histoire est foncièrement l’étude des changements ? Quelles sont les manières de traiter dans ces processus de refondation l’inertie de l’espace hérité ? Refonder est-il une manière d’effacer et d’oublier ou au contraire de se souvenir ? Ou encore faut-il catégoriser les refondations politiquement en distinguant celles qui visent à conserver et celles qui s’appuient sur des mobilisations en résistance ou opposition à un ordre existant ?

Programme_colloque-MAE_juin-2016