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Axe 6 : Genre, corps, subjectivités

Cet axe rassemble des chercheurs en histoire et en anthropologie qui enquêtent sur la dimension genrée des sociétés, la gestion des corps et la construction des identités personnelles. Le genre y est davantage compris comme une démarche ou une grille de lecture que comme une thématique en soi : il s’agira de saisir et d’analyser les modalités, plus ou moins fluides, selon lesquelles les sociétés définissent les identités et les assignations de genre, et organisent les rapports sociaux de sexes. En lien avec cette approche, les recherches sur la gestion des corps, notamment dans leur dimension reproductive, mettront un accent particulier sur la santé, comprise comme un observatoire des enjeux sociaux et politiques qui la façonnent au même titre que les données biologiques et médicales. Enfin, la question de l’individuation et des formes de la subjectivité constitue un thème classique en anthropologie, que les travaux actuels, en histoire, anthropologie et sciences politiques ont remis au premier plan, et que nous aborderons sous l’angle du récit de soi.

Un premier ensemble de travaux, sur femmes et genre en contexte colonial, portera sur l’impact différentiel de la colonisation sur les hommes et sur les femmes (colonisé-e-s ou colonisateurs/trices). Ainsi, les recherches actuelles portant sur l’histoire de la maternité coloniale au Ghana s’élargiront à une enquête plus vaste sur l’histoire de l’allaitement maternel en Afrique, qui donnera lieu à une journée d’études (en collaboration avec l’Université de Berne). On tentera de dégager les dynamiques sociales, scientifiques et politiques de l’alimentation infantile en situation coloniale, et de voir ce que ces dynamiques révèlent et/ou produisent en termes de rôles sociaux genrés.

D’autres travaux examineront quant à eux la façon bien spécifique dont les femmes anthropologues africanistes se sont, en tant que telles, situées par rapport aux différents contextes coloniaux dans lesquels elles ont réalisé leur travail de terrain. Que ce soit au cours de leurs missions ou à travers leur production scientifique, les nombreuses femmes qui ont investi l’ethnologie dans la période de l’entre-deux-guerres semblent en effet avoir porté sur la situation coloniale un regard à de nombreux égards distinct de celui de leurs collègues masculins.

De même que les travaux sur l’histoire de la maternité coloniale se pencheront sur la gestion des corps (« corps enceints », corps des parturientes et des nouveau-nés), des recherches seront développées sur la stérilité et le recours à l’Assistance Médicale à la Procréation dans un contexte mondialisé (sur trois sites : Douala, Paris et Pretoria). Dans ce projet, qui s’inscrit dans une réflexion plus large sur la gestion de la vie et le gouvernement des corps les phénomènes de circulation occuperont une place centrale. Il s’agira en effet d’étudier l’émergence d’un « paysage de la reproduction » comprenant : le déplacement des personnes, des technologies, des media, des idées, des gamètes et des financements pour « une quête de la conception ». Dans ce contexte d’innovation technologique et de migration procréative, il conviendra de réinterroger le lien entre alliance matrimoniale et enfantement, puis de revenir sur les concepts de « procréation », « d’engendrement » et de « filiation » en anthropologie de la parenté.

Avec un focus mis sur une maladie génétique, la drépanocytose, une autre recherche appréhendera les implications de l’action sanitaire grâce à une approche comparative et historicisée de terrains situés en Afrique, aux Antilles et en France métropolitaine : effets de stigmate, effets sur les rapports de genre, imbrications de savoirs endogènes et importés, nouvelles pratiques profanes de soin, conflits de légitimité dans le champ thérapeutique. Grâce à une fréquentation participative des milieux sociaux engagés, la recherche tentera d’appréhender les lieux, les acteurs, les modalités constitutives des processus par lesquels s’élaborent les normes au sujet des pratiques, ainsi que les modalités par lesquelles elles se mettent ou non en place, avec ou sans adaptation aux contextes. À travers l’étude du traitement de la maladie dans les pays d’émigration européens apparaitront aussi les problèmes posés par une « maladie de l’altérité » et le traitement social des migrants africains. Un programme sur les dépistages est en cours. Une fois ce programme achevé et valorisé, la recherche s’orientera vers la comparaison avec d’autres pathologies chroniques.
D’autres travaux porteront sur le récit de soi prolongeront la réflexion actuellement entamée dans un programme comparatiste dont le CEMAf-Aix est actuellement partenaire « Récits de soi – Méditerranée, Afrique. Individus, communautés, interculturalité (XVIe-XXIe siècles) ». L’enjeu est d’aborder la pluralité des modes d’attestation de soi disponibles selon les époques et les espaces, et de discuter des catégories telles que celles de soi, de personne, d’individu, de privé, de personnel ou d’intime. Cette perspective croise l’interrogation classique en anthropologie, sur la notion de personne et les modes d’individuation, présents dans toute société sous des formes diverses. Elle permet de renouveler la discussion autour de l’hypothèse de processus d’individualisation dans les sociétés africaines, urbaines notamment.
Ce questionnement théorique sera porté par des analyses de pratiques d’écriture personnelles, mais aussi de corpus oraux, en retenant l’élargissement proposé par le programme à des formes de récit de soi qui ne passe pas nécessairement par la parole. Sur les écrits, la confrontation de travaux d’historiens nourris par les recherches sur les cultures écrites, et d’anthropologues qui recueillent des textes en situation sera féconde (cf. axe 1). Les corpus, écrits et oraux, seront contextualisés et les formes du recueil d’un récit de soi (injonction au récit, délégation d’écriture, interlocution…) seront mises au centre de l’analyse. Une recherche sera ainsi engagée sur la conjugalité de jeunes filles maliennes résidant dans des zones urbaines et rurales. La construction de leurs représentations de la famille, du couple et de leurs valeurs afférentes (solidarité, argent, sexualité…) sera appréhendée à travers les récits de soi partagés en situation d’interlocution au sein de petits groupes (« les grins ») dans lesquels l’hypothèse de l’individualisation questionne celle des processus d’autonomie.

L’objectif est de comprendre les modalités, plurielles, d’émergence de formes de la subjectivité en Afrique dans la longue durée et dans les situations contemporaines, croisant la ligne du genre avec d’autres telle que la position sociale, notamment le statut des « cadets sociaux ». Ces différents champs d’investigation croisent des lignes transversales, la question du genre étant notamment portée par différents travaux sur le religieux et les migrations.