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Axe 3 : Pouvoirs, espaces, mémoires (frontières, mobilisation et dissidence, violence, conflits)

La question de la formation des Etats, de leur recherche du monopole de la violence légitime, de leur légitimation est au cœur des investigations historiques, anthropologiques et politistes des chercheurs de l’unité. Tout en continuant à travailler les questions des frontières et de l’héritage colonial dans la formation des Etats, il s’agit également de scruter ce qui se joue dans les rapports quotidiens de domination et de subversion sans lesquels les structures institutionnelles ne se matérialisent pas. Ces rapports de pouvoir sont appréhendés aussi bien dans leurs dimensions violentes que pacifiées.

La violence et le conflit sont parties intégrantes de la vie des sociétés qu’ils contribuent à faire évoluer et le conflit, qu’il s’exprime de façon violente ou non, est une dimension constitutive des rapports sociaux. Les formes de conflits, les types de violence ou les styles de guerre qui affectent l’Afrique sont d’une infinie diversité : des génocides contemporains au supplice du collier infligé aux accusés de sorcellerie, de la violence politique à la violence ordinaire des rapports sociaux, de la guerre rituelle saisonnière des sociétés anciennes au terrorisme international et à l’insécurité régnant dans les zones pétrolières et minières sans oublier la violence environnementale consécutive aux désastres naturels, à la dégradation de la terre, de ses ressources et de la biodiversité. Les institutions d’Etat, qui disposent du monopole légitime de la violence, mais aussi les institutions internationales trouvent leurs raisons d’être dans les conflits qu’elles tentent d’éviter ou de réguler. La violence, sous ses formes renouvelées, est l’objet d’interrogations récurrentes au cœur de l’étude anthropologique, politique ou historique des sociétés et des problèmes sociaux liés à des processus économiques comme le libéralisme mondialisé ou les processus de marginalisation. Ainsi, la guerre, en tant que forme collective de conflit majeur et source de violence invite à s’arrêter sur l’évolution de ses formes et de ses pratiques tant dans le temps long de l’histoire que dans la synchronie de l’actualité. La compréhension de la violence et de la dynamique des conflits, quelles que soient leur intensité, leur échelle, leur dimension ou leur forme constituent sans doute l’une des clefs de la compréhension de l’Afrique contemporaine, de ses institutions comme de ses transformations. Objets transversaux, la violence et le conflit impliquent une approche pluridisciplinaire et/ou interdisciplinaire à laquelle collaborent toutes les disciplines représentées dans la future unité. Les rapports politiques et sociaux ne se déclinent cependant pas toujours sur le mode de la violence. L’ensemble des pratiques et des registres de la recherche du consentement comme de l’obéissance, de la domination comme de la dissidence sont interrogés dans le cadre d’une réflexion sur les formes historiques et contemporaines de la citoyenneté. Deux angles seront privilégiés : celui de la production matérielle de la citoyenneté, mais aussi des revendications dont elle fait l’objet, par le biais de mobilisation collective dépassant parfois les frontières nationales. Des investigations sur la production de divers documents d’identité seront menées sur la période 1940-1960 ; interrogeant à la fois les modalités de classement étatique et les façons de se penser citoyens dans une période charnière d’incertitude sur les appartenances et les identités publiques. Des volets contemporains pourront se développer à propos des réformes des états civils, des rapports entre documents d’identité et vote, etc.. Le second axe sera celui des mobilisations collectives qui sont interrogées, dans leur dynamique historique mais aussi transnationale. En collaboration avec le Centre d’Histoire Sociale du XXe siècle (CHS), un projet de collecte des archives contemporaines des structures ou réseaux de mobilisation politique (partis politiques reconnus, dissidents et clandestins, syndicats mais aussi archives privées des militants). Cet inventaire devrait être associé à un projet de numérisation partiel et à un projet de récolte d’archives orales des militants. Il s’agira ensuite, dans la perspective d’une histoire « connectée » mais aussi d’une perspective transnationale contemporaine, d’interroger l’existence concomitante de mouvements sociaux en Afrique et ailleurs. Au delà des contextes nationaux de mobilisation, il s’agit de questionner la production de pratiques d’opposition transnationale, en évaluant les connexions et les transferts qui se sont opérés tant au niveau des discours, des idéologies et pratiques que de la circulation africaine et/ou internationale des militants, et d’en étudier les hybridations et réinvestissements locaux.