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In memoriam Claude-Hélène Perrot

Claude-Hélène Perrot (1928-2019)
Une grande historienne et amie de la Côte d’Ivoire s’en est allée

Claude-Hélène Perrot, professeure émérite de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, honorée dans l’ordre des Palmes académiques, commandeur de l’ordre national du Mérite culturel ivoirien, historienne de l’Afrique, spécialiste des Anyi Ndenyé et des Eotilé de Côte d’Ivoire, est décédée à Paris le 16 juillet 2019 dans sa 91e année.
Née en Alsace en 1928, marquée par l’engagement dans la résistance de son frère et de sa sœur, Claude-Hélène Perrot obtint une licence d’histoire-géographie à la Sorbonne (1950), un DES puis le concours du CAPES, ce qui la conduisit vers le professorat dans l’enseignement secondaire (1955-61). Portée par une grande curiosité intellectuelle et un désir d’altérité, elle rédigea ensuite une thèse sur la rencontre entre les Sotho d’Afrique australe et les missionnaires européens au XIXe siècle, soutenue à la Sorbonne en 1963 devant Georges Balandier et Roger Bastide.
Soucieuse de ne pas se limiter aux archives, elle postula pour un séjour de recherche en Côte d’Ivoire, qu’elle passa sur le terrain de 1963 à 1966, puis à l’École des Lettres d’Abidjan, embryon de la future Université de Cocody, où elle enseigna l’histoire à de nombreux étudiants ivoiriens. Elle se passionna pour l’histoire précoloniale du royaume des Anyi-Ndenyé et rédigea une thèse d’État parue en 1982 sous le titre Les Anyi-Ndenyé et le pouvoir politique aux XVIIIe et XIXe siècles, superbement illustrée par son fidèle ami le photographe Marc Garanger. Cette œuvre est devenue une référence majeure : elle a été republiée en 2014 aux éditions NEI à Abidjan à l’initiative du roi du Ndenyé Boa Kouassi III et fut présentée en grande pompe à la cour royale d’Abengourou, à Zaranou et à la mairie d’Abidjan à l’occasion de sa sortie.
Claude-Hélène Perrot s’intéressa parallèlement à l’histoire des Eotilé, société côtière aux structures politiques non centralisées, sur laquelle elle écrivit un ouvrage paru en 2008 aux publications de la Sorbonne : Les Eotilé de Côte d’Ivoire aux XVIIIe et XIXe siècles. Pouvoir lignager et religion. Elle consacra toute sa vie à ces deux sociétés, dont elle était devenue l’une des leurs. Fidèle en amitié, elle fréquenta régulièrement son pays d’adoption, jusqu’en décembre 2016, pour une conférence à Grand-Bassam.
L’historienne avait aussi à cœur la promotion des sources orales, liant son parcours à celui de son maître, Yves Person (1925-1982) connu pour son œuvre majeure sur Samori. Elle participa dans les années 1960 à l’écriture et à l’enseignement de l’histoire de l’Afrique, et s’appliqua à valoriser les savoirs historiques des traditionalistes. Elle sut valoriser les proverbes ainsi que les symboles et matérialités du pouvoir. Elle fut l’initiatrice de nombreux colloques, dont celui sur le retour des rois et sur l’autorité traditionnelle en Afrique. A la Sorbonne, elle encadra un grand nombre de doctorants venus de tous les pays africains (principalement francophones), avec lesquels elle continuait de travailler. Claude-Hélène Perrot était une passionnée de la Côte d’Ivoire, de la transmission des savoirs et de la solidarité entre générations de chercheurs. Infatigable, enthousiaste, elle ne voulait pas nous quitter. Que la terre lui soit légère !

Odile Goerg (Université Paris Diderot), Véronique Duchesne (Université Paris Descartes) et Marie Miran (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociale-Paris)

Légende : photo ci-dessus de Martin Garanger, Zaranou, 2014