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Aux origines du drapeau algérien : une histoire symbolique

Houari Touati, Editions Zaytūn, Oran (Algérie), 2014, 183 pages + cahier iconographique de 116 p.

D’où vient le drapeau national algérien ? Comment et pourquoi a-t-il pris la forme qu’il a actuellement ? Quand des couleurs algériennes sont-elles parmi d’autres devenues des couleurs nationales ? Est-il possible de ce drapeau d’écrire l’histoire : une histoire qui soit celle de sa signification sociologique, mais aussi de sa portée symbolique ? Répondre à ces interrogations impose de dire ce qu’est le drapeau en tant que tel. Manifestement, il appartient à cette classe de sémiophores composée d’objets qui sont à la fois des artefacts et des symboles. Par ailleurs, d’un point de vue morphologique, tout drapeau se présente comme la combinaison de une à deux configurations, l’une chromatique et l’autre ornementale, censée être à nulle autre pareille. Car il a pour fonction de signer la singularité, voire l’irréductibilité de la communauté émotionnelle qui s’identifie à lui, a fortiori lorsque celle-ci est une communauté nationale, ce qui ne l’empêche pas de se transformer, c’est-à-dire de s’offrir aux vicissitudes de l’histoire, non sans paradoxe d’ailleurs, puisqu’il est censé incarner la continuité historico-transcendantale de la communauté qui en est productrice. À l’époque moderne, son efficacité symbolique est telle que l’on n’imagine guère l’existence d’une nation sans drapeau. Mais combien est parfois tortueux le chemin qui y mène. Depuis que les Algériens se définissent comme algériens – étant entendu qu’ils ne l’ont pas toujours fait –, le symbole vexillaire de leur identité collective a changé de configuration à maintes reprises jusqu’à revêtir quatre, cinq, six formes différentes dans la seule première moitié du XXe siècle. Sans doute parce que la société algérienne de cette époque a connu des mutations si profondes et accélérées, au point qu’elles n’ont de comparable dans l’histoire du pays que sa conversion à l’Islam au VIIIe siècle, les cadres de son expérience individuelle, sociale et nationale sont restés fluides pendant tout ce temps-là ainsi que son identité vexillaire avant que celle-ci n’opère sa consolidation et ne connaisse la stabilisation puis la codification et, enfin, la canonisation. Alors que cette expression vexillaire nationale des Algériens est moderne, ni son chromatisme ni les éléments constitutifs de son meuble, et encore moins son périmètre en dépit des apparences, ne le sont quand même – et cela peut surprendre – l’adoption en Algérie du croissant affronté de l’étoile à cinq pointes ne remonte pas plus haut que la fin du XIXe siècle. Assez souvent les emblèmes nationaux présentent pareil paradoxe si bien qu’il leur arrive de réinventer le passé. S’agissant de l’emblème national algérien, ses couleurs comme son meuble du croissant appartiennent au registre chromatique et décoratif d’une tradition emblématique qui remonte au Moyen Âge. Autant que les sources disponibles le lui ont permis, le présent essai a remonté le temps afin d’éclairer cet emblème à la lumière de sa grammaire chromatique et ornementale aussi bien que de le restituer à sa profondeur historique.

Houari Touati , qui a enseigné à l’université d’Oran, est actuellement directeur d’études à l’EHESS (Paris) et membre associé du CNRPAH (Alger). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages parmi lesquels : Entre Dieu et les hommes. Lettrés, saints et sorciers au Maghreb (XVIIe siècle), Paris, Éditions de l’EHESS, 1994, Islam et voyage au Moyen Âge. Histoire et anthropologie d’une pratique lettrée, Paris, Éditions du Seuil, 2000 et L’Armoire à sagesse. Bibliothèques et collections en Islam, Paris, Éditions Flammarion-Aubier, 2003. Il a dirigé plusieurs ouvrages collectifs parmi lesquels : Figures d’Ibn Khaldûn : réception, appropriation et usages, Actes du colloque international organisé à Alger les 17, 18 et 19 juin 2006, Éditions du CNRPAH, Alger, 2010, et collaboré à plusieurs autres dont The New Cambridge History of Islam (2010). Il co-dirige la revue Studia Islamica et la collection Studies in the History and Society of the Maghrib (E.J. Brill Publishers, Leiden).

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