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Anthropologie et historicité. Le Sahel à l’envers

Séminaire organisé par Jean-Loup Amselle, directeur d’études de l’EHESS (IMAF), Anne Doquet, chargée de recherche à l’IRD (IMAF) et Alexis Roy, chargé de recherche au CNRS (IMAF).

Année universitaire : 2019 / 2020
Périodicité : 2e jeudi du mois de 15h à 18h
Localisation : Campus Condorcet, Cours des Humanités 93300 Aubervilliers
Calendrier : Du 14 novembre 2019 au 11 juin 2020. (Voir détail des salles dans le programme)


Présentation :

Dans ce séminaire, on s’efforcera de proposer des pays du Sahel contemporain (Sénégal, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) une image différente de la doxa prévalente. Actuellement l’attention des médias est focalisée principalement sur le terrorisme et le djihadisme qui affectent toute cette zone. La réalité de ces pays est toutefois largement différente : il ne s’agit pas en effet d’opposer les méchants djihadistes « blancs » du Nord aux populations pacifiques « noires » du sud de ces pays mais de mettre au jour les relations entre les différentes régions de ces différents pays, ainsi que les causes politiques et économiques sous-jacentes à ces affrontements et que l’on ne saurait réduire à des conflits religieux entre un islam radical, salafiste ou wahhabite et un islam soufi et tolérant ou à de simples luttes ethniques. L’ensemble de ces pays est le théâtre de recompositions politiques qui, loin de refléter une résurgence de la « tradition » face à la globalisation, manifeste au contraire des contradictions entre différentes formes de contemporanéité : les sociétés sahéliennes constituent ainsi un sujet privilégié pour étudier les relations entre anthropologie et historicité.


CONTACT :
amselle(at)ehess.fr, annedoquet(at)yahoo.fr


PROGRAMME :

- 14 novembre 2019 : salle 3.06 (centre de colloques)
Jean-Loup Amselle : Un choc de civilisations au centre du Mali ?

Alors que Samuel Huntington a prophétisé que le conflit majeur du XXIe siècle ferait s’affronter l« Ouest » et le « Reste », c’est-à-dire essentiellement la civilisation occidentale et la civilisation musulmane, on peut se demander si ce conflit n’affecterait pas l’Afrique elle-même, notamment dans sa partie sahélienne, en faisant se dresser l’une contre l’autre une insurrection djihadiste et une contre-insurrection représentée notamment par des chasseurs « traditionnels » recourant massivement à des pratiques qualifiées de « fétichistes ». Aussi plutôt que de définir les affrontements actuels au Mali comme étant de caractère « inter-communautaire », pour éviter d’avoir à utiliser l’expression « inter-ethnique » désormais décriée, il serait sans doute préférable de les caractériser comme étant de nature « politico-religieuse ».

- 12 décembre 2019 : salle 3.08 (centre de colloques)

  • "Dynamiques politiques en temps de crise à Bamako"

Laure Traoré (CESSP, Paris 1), Partisans et électeurs face-à-face dans les campagnes électorales post-coup d’Etat à Bamako (2013-2016)

Résumé : En dehors des activités de campagne grand public (meetings, émissions et spots de campagne audio-visuels), les partis politiques mènent aussi des activités de proximité dans des espaces privés, en groupe restreint ou dans des relations individuelles. Ces dernières peuvent prendre la forme de porte-à-porte, de rencontres à domicile avec des électeurs ordinaires, ou dans des lieux privés avec des représentants d’associations. Les interactions en face-à-face entre les entrepreneurs de mobilisation et les électeurs au cours de plusieurs campagnes électorales permettent d’analyser certains registres de la mobilisation et vecteurs de la politisation pendant les élections qui ont eu lieu à la suite du coup d’État et de la crise politique et sécuritaire de 2012-2013.

Marianne Saddier (CESSP, Paris1 ), Nationalisme, politisation et ascension sociale dans les associations de jeunes ressortissants du Nord du Mali à Bamako (2016-2019)

Résumé : "Alors que certains jeunes ont choisi de prendre les armes pour la rébellion indépendantiste du MNLA, qui sont ces jeunes du Nord du Mali qui déploient le drapeau malien dans leurs réunions dans les établissements d’enseignement supérieur de la capitale ? En prenant au sérieux les rêves d’ascension sociale de jeunes qui se pensent comme de futures élites, cette communication analyse les processus de politisation et les formes de « nationalisme ordinaire » à l’œuvre dans des associations de jeunes ressortissants du Nord à Bamako dans les années suivant le déclenchement de la crise, en insistant sur la place qu’occupent les grands cadres de l’Etat à la fois dans la vie concrète des associations et dans l’imaginaire du pouvoir de leurs membres."

- 16 janvier 2020 : salle 3.10 (centre de colloques)
Barbara Cascciarri (Univ. Paris VIII) : Reconfigurations territoriales et politiques dans le Sahel oriental : le cas des populations nomades du Soudan contemporain

L’ambiguïté du classement du Soudan au sein du Sahel est à lire en parallèle avec la fluidité des catégorisations ayant désigné historiquement cet espace. Sa conception, à l’origine géographique et environnementale, s’est chargée au fur et à mesure des connotations dictées par les agencements politiques mouvants des populations locales, dans leur rapport avec les Etats africains concernés ainsi qu’avec un contexte international de plus en plus focalisé sur les questions du « terrorisme islamique ». Au Soudan, pays emblématique de l’inadéquation des catégorisations binaires dominantes (Arabes vs Africains, Musulmans vs Chrétiens), les populations nomades continuent d’être une composante significative faisant l’objet de marginalisations multiples et de manipulations constantes de la part des pouvoirs locaux et des acteurs internationaux. En m’appuyant sur une longue expérience de recherche anthropologique sur les groupes pastoraux de diverses régions soudanaises (Centre, Est, Sud Kordofan, Nil Blanc), dans cet exposé j’essaie de : 1/ présenter un cadre général des dynamiques (économiques, politiques, socio-culturelles) qui ont affecté ces populations dans les dernières décennies de vie du pays ; 2/ de décrypter quelques enjeux sous-jacents aux tentatives de cooptation politique des nomades par l’Etat soudanais en contexte de guerre civile en lien avec un imaginaire véhiculé par la « communauté internationale » et par les médias autour de ces groupes.

- 13 février 2020 : salle 3.06 (centre de colloques)
Julien Brachet (IRD/DevSoc) : Migrations sahéliennes : de l’invention de l’invasion à celle de la ruée

- 12 mars 2020 : salle 3.06 (centre de colloques)
Camille Lefebvre (CNRS/IMAF)

- 23 avril 2020 : salle 0.007 (bâtiment Recherche Nord)
Camille Evrard (FRAMESPA)

- 14 mai 2020 : salle 3.08 (centre de colloques)
Judith Scheele (EHESS)

- 11 juin 2020 : salle 0.018 (bâtiment Recherche Sud)
Mahamet Timera (Univ . Paris VII, URMIS)